LETTRE DE SIR HUDSON LOWE
A M. LE BARON DE STURMER. ( ^. p. I a3. )
« Saint-Hélène, ce 27 mai 182t.
« Monsieur le baron ,
« 11 n’existe plus !... Une maladie héréditaire, suivant l’opinion des personnes de sa famille, l’a conduit au tombeau le 5 de ce mois : uu squirrhe et cancer à l’estomac, près du pylore. En ouvrant le corps , avec le consentement des personnes qui l’entouraient , on a découvert un ulcère près du pylore, qui causait des adhésions au foiej et, en ouvrant l’estomac, on a pu tracer les progrès de
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JUSTIFICATIVES
la maladie, rinlcrieur de l’csloraac, presque en entier, étant « a mass of cancerous diseuse or qf schirrous por- « lions advancing lhe cancer. »
« Son père est mort de cette maladie à l’âge de trente- .six ans. Elle l’aurait frappé sur le trône de France, à la tête de ses armées, tout comme ici, à l’heure fixée par le destin, pour suivre sa propre façon de penser sur ce ■sujet.
« Ce n’est que depuis le 1 7 mars qu’il a été confiné dans sa chambre; mais on a remarqué un changement en lui depuis le mois de novembre passé : une pâleur plus qu’ordinaire , et une manière faible de marcher. 11 prenait de l’exercice cependant deux fois par jour généralement , dans une petite calèche ; mais sa pâleur et sa faiblesse paraissaient toujours rester.
« On a offert le conseil des médecins anglais ; mais il n’a pas voulu en recevoir aucune visite, jusqu’au i" avril, le mois avant sa mort. C’est le professeur Ântomarchi qui l’a soigné avant cette époque, et qui a continué, même après, jusqu’à son décès; c’est le professeur aussi qui a procédé à l’ouverture du corps , en présence de presque tous les médecins de l’île. Le docteur Arnolt, du 20' régiment, homme très-sage et d’expérience, est celui qui a été appelé à le voir au i*' avril, et qui lui a continué ses soins jusqu’au dernier moment. Il lui a marqué sa reconnaissance en lui léguant une tabatière d’or, la dernière dont il ait fait usage lui-même, et sur laquelle il avait gravé de sa propre main la lettre N ; il lui a laissé ' aussi une somme d’argent (5oo llv. ).
« Le comte de Montholon est devenu le principal dépo- ' sltaire de ses dernières volontés : le comte Bertrand ne figure qu’en second.
« Il avait très-fortement recommandé au comte Bertrand de faire tout son possible pour se concilier avec moi ,
sauf toujours son point d'honneur : on m’en a même averti. Il a fait des avances, et, comme je n'ai pas de rancune dans ma disposition ( autant qu’une personne peut juger d’elle-même) , je ne l’ai pas repoussé.
« Ce sont toujours cependant les prétentions du grandmaréchal ( et son amour-propre blessé) plutôt que celles de l’empereur, qui ont gâté les affaires originairement ici; et les recommandations que l’un a reçues sont une preuve que l’autre a commencé à voir clair à la ün.
« Il y avait un codicille de testament , par lequel tous les effets, ici, ont été laissés aux comtes Bertrand etMontholon, et à Marchand. C’est Montholon qui est principal exécuteur. On ne connaît rien , ou on dit ne rien connaître du testament.
• « Le temps que vous avez passé ici me fait croire que
ce peu de détails aurait quelque intérêt, et je ne fais pas des excuses à cet égard pour mon intrusion. Faites agréer mes complimens et ceux de milady Lowe à M“* la baronne de Stürmer, et croyez-moi toujours
« Votre très-fidèle et obéissant serviteur ,
« H. Lowe, M.-P. »
« P. S. Bonaparte avait deviné lui- même la cause de sa maladie, peu de temps avant sa mort; il a désiré que son corps fût ouvert, afin, comme il a été dit par Bertrand et Montholou, de découvrir s’il y a quelque moyen de garantir son fils de la même maladie.
« Excusez mon griffonnage.