‹ Le duc de ReichstadtChapitre 4 sur 50 · I.E DUC · texte numérisé non relu

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mais qui aurait attaqué vivement le ministère, s’il eût annoncé que l’Angleterre prenait les armes pour rétablir les Bourbons sur le trône de France, et par conséquent dans un intérêt essentiellement français. Quoi qu’il en soit, cette réserve donna lieu à des négociations dont nous parlerons plus tard; et elle fut invoquée avec suite et constance par ceux qui se donnaient pour les organes véridiques des vœux ou des répugnances de la nation entière.

Le traité du a5 mars fut le signal des grands et rapides préparatifs de la guerre. Les plans de campagne furent immédiatement discutés, en présence des deux empereurs d’Autriche et de Russie , et du roi <le Prusse, par plusieurs généraux d’un haut mérite, parmi lesquels on distinguait Schwarzenberg et Wellington. Du reste, le congrès continua ses travaux avec calme et dignité, et son acte général fut signé le 9 juin par les ministres plénipotentiaires de toutes les puissances.

Napoléon, porté sur le pavois de son armée de Cannes à Paris, n’avait rencontré aucun obstacle en France à sa marche rapide. Les troupes envoyées contre lui s’étaient déclarées pour sa cause. Vainement le <luc d’Angoulême, à la Drôme, et la fille de Louis XVI , à Bordeaux , avaient montré une fermeté égale à leurs revers ; vainement les populations du Midi avaient fait éclater leur courageux dévouement pour la cause royale, la révolte armée avait triomphé, et, au milieu d’une scène de regrets publics, T.a}uis XVIII avait été contraint de quitter la capitale effrayée , et d’abandonner la France pour la seconde fois. Les fidèles Vendéens soutenaient encore seuls

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le drapeau blanc, les armes à la main; Louis de Larochejaquelein tombait glorieusement sur le sol que d’autres combats avaient trempé du sang de son héroïque frère.

Pour s’emjsarer de nouveau du trône de France, Napoléon fut obligé de subir des conditions qui gênaient son action puissante, et des alliés dont les hommages suspects lui déplaisaient presque autant que les fureurs. De leur côté, en lui prêtant leur appui contre les Bourbons, objet de leur haine implacable, les vieux révolutionnaires avaient aussi subi son alliance, en frémissant à la pensée que l’instinct dominateur du grand capitaine pourrait leur rendre ses succès aussi funestes que ses talens leur étaient nécessaires : ils avaient besoin de son épée pour les protéger contre la crainte de l’ennemi commun; ils comptaient d’ailleurs employer avec succès contre lui les déclamations de la tribune et l’arme empoisonnée de la presse.

I..es honteuses chaînes dont la faction qu’il avait long-temps dominée cherchait à le charger, autant que les intentions décidément hostiles que lui manifestaient les puissances étrangères, ne lui laissaient plus d’autre alternative que la chute ou la victoire. La victoire seule pourrait lui donner le moyen de comprimer les anciens suppôts des doctrines anarchiques; il chercha à l’organiser, et s’en occupa avec cette volonté forte, active, intelligente qui le caractérisait. En peu de jours il eut à sa disposition une année formidable, abondamment pourvue de munitions de guerre, de chevaux, d’armes et d’artillerie.

Après la cérémonie pénible pour lui de la .com-

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munication de l’acte additionnel aux constitutions de l’empire, dans l’assemblée du Champ-de-Mai ; après la convocation et l’ouverture des deux Chambres , qui lui prêtèrent de solennels sermens de fidélité, il partit avec cent cinquante mille combattans et trois cent cinquante bouches à feu, pour surprendre isolément les corps séparés de l’armée européenne , qui, réunie, devait se porter à près de onze cent mille hommes.

Le i6 juin , après avoir passé la Sambre, Napoléon attaque les Prussiens à Ligny ; il remporte sur Blùcher une victoire vivement disputée. Conduisant luimême une charge de cavalerie, le vieux maréchal est renversé sous son cheval , atteint d’un coup de feu. Deux fois les cuirassiers français passent sur lui sans le reconnaître; il se relève avec son audace et son intrépidité infatigables, pour recommencer de nouveaux combats. « Nous avons perdu la bataille, écritil dans son rapport, mais non pas notre honneur. Nos soldats ont combattu avec une bravoure au-dessus de tout ce qu’on pouvait attendre. »

Le 17, Blücher et Wellington se repliaient sur Wavres et Waterloo. Napoléon employait une nuit pluvieuse, et la matinée suivante, à concentrer péniblement ses troupes, fatiguées par le mauvais temps, sur les hauteurs, en face de l’armée ennemie.

Le 18, une action des plus sanglantes s’engageait entre Napoléon et l’armée anglaise, dans le voisinage de Waterloo. Après une lutte furieuse, acharnée, après des prodiges de valeur, l’armée française succombe; Wellington et Blücher se réunissent, pour en disperser, en poursuivre , en détruire les débris.

Napoléon revient fugitif à Paris. Tout y retentissait des récits des réjouissances de la victoire de Ligny, et il venait lui-même y porter la désastreuse nouvelle de la déroute de Waterloo. Après trois jours de campagne, tout était détruit; cette armée, que naguère on avait vue partir si brillante et si formidable, était anéantie.

Désormais c’en était fait du pouvoir de Napoléon. Tous ses efforts pour obtenir des soldats, des subsides, les moyens, en un mot, de renouveler la lutte, ne rencontrèrent que froideur et consternation. Il eut alors la pensée , dit-on , de s’emparer de la dictature militaire; mais qu’était l’empereur en France, si ce n’est un dictateur perpétuel, dont le pouvoir absolu tenait à deux conditions nécessaires, le succès et la force? Un nom nouveau, un titre inférieur qui ne supposait qu’un pouvoir transitoire , et qui réveillait toutes les idées de république , ne pouvait effacer ses revers ni lui rendre sa puissance.

Ceux qui l’avaient proclamé l’élu du peuple , qui avaient spéculé sur ses talens, qui avaient juré de le défendre dans tous ses périls, se montrèrent impitoyables contre lui dans son infortune.

Il est des êtres dans la nature dont l’aspect annonce les tempêtes, et que leur instinct semble attacher à toutes les scènes de destruction. La voix éteinte de Lafayette se réveilla tout à coup, pour exciter la Chambre des Représentans à méconnaître son empereur malheureux, à se déclarer en permanence contre lui, à le faire juger comme un traître, s’il usait de ses droits constitutionnels, en prononçant la dissolution de la Chambre.

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«Lorsque, pour la première fois, dit -il, depuis O bien des années, j’élève une voix que les vieux « amis de la liberté reconnaîtront encore, je me sens « appelé à vous parler des dangers de la patrie, que « vous seuls maintenant avez le pouvoir de sauver.... « Voici le moment de nous rallier autour du vieux « étendard tricolore, celui de 89, celui de la liberté, « de l’égalité, de l’ordre public. C’est enfin le seul « que nous avons à défendre contre les prétentions « étrangères et contre les tentatives intérieures. Per- « mettez à un vétéran de cette cause sacrée, qui fut « toujours étranger à l’esprit de faction , de vous sou- 0 mettre quelques résolutions préalables , dont vous « apprécierez, j’espère, la nécessité.

« Art. i®*". La Chambre des Représentans déclare « que l’indépendance nationale est menacée.

« Art. a. La Chambre se déclare en permanence. O Toute tentative pour la dissoudre est un crime de « haute trahison : Quiconque se rendrait coupable « de cette tentative, sera traître à la patrie et sur-le- « champ jugé comme tel. »

Les autres articles déclaraient que les troupes avaient bien mérité de la patrie , que la garde nationale serait rassemblée, et que les ministres seraient appelés pour rendre compte de la situation de la chose publique.

Ces propositions furent accueillies en grande partie et substituèrent l’autorité absolue des Chambres à l’autorité constitutionnelle de l’empereur, sous le prétexte de la gravité des circonstances : comme si , malgré ses revers , Napoléon n’était pas le seul homme dont l’ascendant militaire, l’expé-

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rience et le génie pouvaient encore offrir une chance de salut à ceux qui avaient voulu faire subir une révolution à leur patrie, en embrassant sa cause; comme si des discours de tribunes, de vaines déclamations de rhéteure, ou des résolutions prises dans des Chambres, pouvaient, en présence de l’enrierai , équivaloir aux talens d’un grand capitaine !

Quelques uns des partisans de Napoléon , ses ministres, et surtout Lucien son frère, luttèrent contre ces dispositions hostiles; ils semblaient ramener la majorité. M. de Lafayette eut encore le fatal honneur de ranimer la discorde, dit M. de Norvins dans son Histoire de Napoléon ; sur son instance , les représentans exigèrent l’abdication de l’empereur, et, malgré les efforts de Labédoyère, les pairs adhérèrent aux résolutions de l’autre Chambre.

Ainsi, l’épée, que le sort avait brisée dans les vaillantes mains de Napoléon, devait être arrachée à ce grand homme par Lafayette !... Ce dernier outrage

de la fortune l’indigna Son testament en a gardé

la mémoire.

Ainsi, ces deux assemblées imposaient l’abdication au chef de l’État qui, par la constitution qu’elles avaient jurée , était inviolable ; au chef de l’État à qui la Chambre des Pairs avait dit, quelques jours auparavant, dans son Adresse:

et L’intérêt de la France est inséparable du vôtre. « Si la fortune trompait vos efforts, des revers. Sire, « n’afËtibliraient pas notre persévérance, et redou- « bleraient notre attachement pour vous.

« Reprenant aujourd’hui l’exercice de ses droits.

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« avait dit la Chambre des Représentans , se ralliant « autour du héros que sa confiance investit de noua veau du gouvernement de l’État, la France ne peut « admettre les distinctions à l’aide desquelles les puis- « sances coalisées cherchent à voiler leur agression : « attaquer le monarque de son choix, c’est attaquer « l’indépendance de la nation, »

Certes, Napoléon était en droit de se plaindre d’un tel oubli de semblables engagemens.

« On veut que j’abdique, aujourd’hui, disait-il, demain il n’y aura plus d’armée. Me repousser quand

je débarquai à Cannes, je l’aurais conçu Si l’on

m’eût renversé il y a quinze jours, c’eût été du courage Mais aujourd’hui !... c’est de la lâcheté »

Toutefois, entouré d’un abattement presque général parmi ses conseillers, il signa son abdication, en y réservant tous les droits que la constitution impériale assurait à son fils.

a Français, disait-il, en commençant la guerre « pour soutenir l’indépendance nationale, je comptais a sur la réunion de tous les efforts , de toutes les voce lontés, et le concours de toutes les autorités na- « tionales. J’étais fondé à en espérer le succès, et « j’avais bravé toutes les déclarations des puissances a contre moi.

a Les circonstances paraissent changées ; je m’offre « en sacrifice à la haine des ennemis de la France. « Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations , et « n’en avoir jamais voulu qu’à ma personne! Ma vie « politique est terminée, et je proclame mon fils

DE REICH8TADT.

« SOUS le titre de Napoléon II, empereur des Fran- « çais.

« Les ministres actuels formeront provisoirement « le conseil du gouvernement. L’intérêt que je porte « à mon 61s m’engage à inviter les Chambres à orga- « niser la régence par une loi.

« Unissez-vous tous pour le salut public , et pour « rester une nation indépendante.

« Signé Napoléon. »

Cet acte, porté enfin aux Chambres impatientes, donna lieu à un dernier témoignage d’égards pour celui qui cessait d’être empereur. Une députation des pairs et des représentans alla le remercier du grand sacriBce qu’il venait de faire à la patrie. Il entendit les harangues avec froideur, et répondit qu’il n’avait abdiqué qu’en faveur de son 61s, qu’en conséquence il avait proclamé empereur. En effet, son abdication devait investir Napoléon II du pouvoir impérial , aux termes précis des constitutions , seules bases de l’existence des Chambres : et cependant les plus vives discussions s’élevèrent sur ce sujet, qui ne devait et ne pouvait pas être discuté.

Excepté des partisans de la dynastie légitime qui s’étaient abstenus de prendre part aux dernières élections, la Chambre des Représentans se composait des adhérens nombreux de divers partis. « Napoléon II « et la régence, dit M. de Norvins, avaient évidem- « ment la majorité dans la Chambre ; mais le parti « d’Orléans y comptait aussi un grand nombre de dé- « fenseurs que le ministre Fouché soutenait assez

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« ouvertement, puisqu’il ne craignait pas de dire à « ceux qui conservaient encore de l’attachement « pour le gouvernement républicain :

« La république, je l’aime autant que vous; mais, « pour y arriver, il faut d’abord passer par l’hôtel « d’Orléans. »

Les représentans Mourgues et Dupin voulurent faire décréter que le trône était vacant, que la Chambre se déclarait Assemblée nationale , Assemblée constituante

Régnault de Saint-Jean d’Angély eut peu de peine à faire sentir combien peu s’accordait l’idée d’une assemblée nationale avec l’existence de la Chambre des Pairs, qu’on prétendait conserver en même temps ; combien serait dangereuse une Assemblée constituante qui , en présence de l’ennemi, remettrait tout en question , et par suite rallumerait tous les flambeaux de la discorde, à l’instant même où l’union était si nécessaire pour négocier ou pour combattre. Quant à la vacance du trône, dans un État constitutionnel comme le nôtre, disait-il, le trône ne peut être un seul moment regardé comme vacant, à moins de l’extinction totale de la dynastie régnante.

Les conseillers d’État Bérenger et Defermont soutinrent les droits constitutionnels de Napoléon II avec une grande puissance de logique. Mais nul ne repoussa plus énergiquement que Boulay de la Meurthe la déclaration de la vacance du trône.

« N’avons-nous pas une monarchie constitution- « nelle? dit-il. L’empereur mort, l’empereur vit. « Napoléon I" a déclaré son abdication ; vous l’avess

DE REICIISTADT.

« acceptée : par cela seul , par la force des choses , « par une conséquence irrésistible, Napoléon II est « empereur des Français : vous ne pouvez pas même a délibérer. Nos lois fondamentales ont décidé la

« question L’abdication de l’empereur est indivi-

« sible Nous sommes entourés de beaucoup d’in-

« trigans et de factieux qui voudraient faire déclarer

« le trône vacant.... Je veux aller plus loin Je veux

« mettre le doigt sur la plaie. Il existe une faction

« d’Orléans On a beau m’interrompre, je parle

« d’après des renseignemens certains Je sais que

« cette faction est purement royaliste. Je sais que son « but secret est d’entretenir des intelligences parmi « les patriotes. Au reste , il n’est pas certain que le M duc d’Orléans voulût accepter la couronne; mais, « s’il l’acceptait, ce serait sans doute pour la rendre à « Louis XVIII. »

Cette discussion se prolongeait avec violence : l’orateur Manuel y mit fin. Après en avoir signalé les dangers, quand l’ennemi était aux portes de la capitale, en présence des menées actives du parti royaliste et des intrigues de la faction d’Orléans, il proposa et fit adopter l’ordre du jour, motivé sur ce que Napoléon II était empereur des Français par le fait seul de l’abdication de son père et par la force des constitutions de l’empire. Cette déclaration fut accueillie par les cris de : Five Napoléon II!

Ainsi les droits constitutionnels de Napoléon II étaient mis hors de délibémtion. Cependant, par une anomalie avec les résolutions qu’ils venaient de prendre , les représentans refusèrent de s’occuper de l’organisation de la régence, et les deux Chambres

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créèrent une commission provisoire de gouvernement, composée de cinq membres, dont Fouché fut le président. Ce nouveau pouvoir annonça son existence inattendue par une proclamation qui renfermait cette phrase : « Un grand sacrifice a paru nécessaire à la paix de la France et à celle du monde; Napoléon a abdiqué la pourpre impériale; son abdication est le terme de sa vie politique; son fils est proclamé empereur. »

Les troupes montraient un sombre mécontentement d’être ainsi privées de leur chef; leur attitude devenait de plus en plus menaçante; d’un autre côté. Napoléon, toujours au moment de ressaisir le pouvoir, épouvantait la commission du gouvernement provisoire. On l’éloigna d’abord, en l’engageant à se retirer à la Mahnaison.

Cependant Wellington et Blücher approchaient de Paris; des engagemens nombreux avaient lieu non loin de la capitale. Au bruit des armes. Napoléon offrit de prendre le commandement de l’armée comme général, et de défendre lui-même le trône de son fils. Cette proposition effraya les partis qui redoutaient, pour leurs calculs ambitieux, encore plus l’ascendant de Napoléon que l’approche des armées alliées. On sentait d’ailleurs qu’une lutte inutile et désespérée offrirait des dangers insurmontables qu’on ne voulait pas affronter. On espérait obtenir, par les négociations , d’écarter ceux à qui l’on ne pardonnait pas les injures qu’ou leur avait fait subir : ce point essentiel obtenu, on consentirait aux autres conditions.

Pour s’assurer que Napoléon ne ferait pas quelque

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tentative, la coiumissiun plaça près de lui le général Becker, son ennemi personnel, dit-on, par le ressentiment d’une ancienne injure. Dès lors, sous cette stricte surveillance, commença sa captivité. On lui signifia bientôt l’ordre de s’éloigner de Paris, et de sortir de France. Il se rendit à Rochefort, où deux frégates avaient ordre d’appareiller sans retard pour le conduire en Amérique. Le capitaine Maitland croisait à l’entrée du port : il déclara aux envoyés de Napoléon que, d’après ses instructions très-précises , il devait s’opposer à la sortie de Rochefort de tout bâtiment français et de tout bâtiment neutre sur lequel Napoléon serait embarqué. Il proposait seulement de le transporter en Angleterre à la disposition du prince-régent.

Dans l’impossibilité d’échapper. Napoléon se rendit à bord du Bellérophon , se mettant sous la sauve-garde des Anglais, et il adressa au prince-régent la lettre suivante :

a Altesse Royale,

a En butte aux factions qui divisent mon pays, et « à l’inimitié des grandes puissances de l’Europe, j’ai <c consommé ma carrière politique. Je viens, comme « Thémistocle , m’asseoir sur le foyer du peuple bri- « tannique ; je me mets sous la protection de ses lois, « que je réclame de Votre Altesse Royale, comme « celle du plus puissant, du plus constant, du plus « généreux de mes ennemis.

O Napoléobt. »

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Le capitaine Maitland prévint Napoléon qu’il avait tout disposé pour le recevoir, et qu’il faisait immédiatement partir pour l’Angleterre, sur le brick le Staney, le général Gourgaud , chargé de sa lettre pour le prince-régent.

Le i5 juillet i8i5 Napoléon quitta la France; il sortit de la rade d’Aix sur le brick VÉpervier, dont l’équipage l’accompagna de ses acclamations et de ses larmes , au moment où il monta sur le vaisseau anglais le Bellérophon : il y fut reçu avec honneur. Le capitaine Maitland mit sur-le-cbamp à la voile, et entra bientôt dans la rade de Torbay. On ne saurait décrire avec quel enthousiasmé d’intérêt et de curiosité le peuple anglais se porta dans la rade : d’innombrables embarcations entouraient nuit et jour le vaisseau, et cherchaient à s’en rapprocher, malgré les injonctions les plus positives ; chacun voulait connaître les traits de cet homme extraordinaire qui, pendant si long-temps, avait rempli l’Europe de sa renommée. Dès son arrivée, le capitaine Maitland avait reçu l’ordre de ne laisser aucun Français descendre à terre et communiquer avec les habitans. Peu après , l’amiral Keith se rendit à bord du Bellérophon ^ pour signifier à Napoléon la décision du premier lord de l’amirauté, lord Melvil, qui indiquait qu’afin d’assurer la tranquillité de l’Europe , les ministres anglais avaient choisi pour la future résidence de Napoléon l’île de Sainte-Hélène, dont la situation locale permettrait de lui laisser plus de liberté qu’on ne pourrait lui en accorder ailleurs, sans danger.

Napoléon protesta avec chaleur contre cette décision; il en appela au peuple anglais et à ses lois : il

était venu se confier volontairement, disait -il, à l’hospitalité britannique : il était l’hôte et non le prisonnier de l’Angleterre , il demandait à être reçu citoyen anglais, il appelait aux tribunaux de la violence qu’on exerçait à son égard. « Je procure au prince-régent, dit-il, la plus belle page de son histoire, en me mettant ainsi à sa discrétion. Je vous ai fait la guerre pendant vingt ans, et je vous donne la plus haute preuve de confiance, en me plaçant volontairement dans les mains de mes ennemis les plus invétérés et les plus constans. Souvenez-vous de ce que j’ai été et quelle était ma place parmi les souverains de l’Europe. »

Les puissances alliées, forcées par l’évasion de Napoléon, et par son entreprise, de recommencer la guerre, avaient vu leurs nouveaux efforts couronnés par une prompte victoire. Mais le sang des peuples avait coulé; elles crurent en conséquence que leur devoir était, sinon de venger les nations de cette agression nouvelle, du moins de les mettre désormais à l’abri des tentatives audacieuses d’un homme que son activité, son ambition, son génie et son influence rendaient si évidemment dangereux au repos de l’Europe. Ces considérations donnèrent lieu à la convention suivante , qui fut signée le 2 août , à Paris, par lord Castelreagh, lord Wellington et le prince de Metternich.

a Article i''''. Napoléon Bonaparte est regardé, par les puissances qui ont signé le traité du a 5 mars dernier, comme leur prisonnier.

« 2. Sa garde est confiée spécialement au gouvernement britannique.

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« 3. IjCS cours impériales d’Autriche et de Russie, et la cour royale de Prusse, nommeront des commissaires qui se rendront et demeureront au lieu que le gouvernement de Sa Majesté Britannique aura assigné pour le séjour de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être chargés de la responsabilité de sa garde, s’assureront de sa présence.

<i 4- Sa Maje.sté Très-Chrétienne sera invitée, au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer également un commissaire français au lieu de détention de Napoléon Bonaparte.

« 5. Sa Majesté le roi du royaume -uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande .s’engage à remplir les obligations qui résultent pour elle de la présente convention. »

Chargé , par cet acte, de la garde de Napoléon , le gouvernement britannique décida qu’il serait immédiatement conduit à Sainte-Hélène, sur le Northumberland. Le 1 1 août, l’amiral Cockburn mit à la voile, et emmena loin de l’Europe celui qui si long-temps l’avait ébranlée de ses triomphes. Les généraux Montholon , Bertrand , Gourgaud et le comte de Las Cases l’accompagnèrent, se dévouant à partager sa captivité sur cet écueil lointain.

Honneur leur soit rendu! Le vulgaire, si facile à applaudir les succès, si inexorable en condamnant les revers, est contraint cependant à respecter la fidélité au malheur. Ce culte de l’infortune a quelque chose de noble et de sacré qui semble racheter l’humanité de la bassesse des adulations au pouvoir. Le dévouement de quelques hommes courageux qui se condamnèrent volontairement à s’isoler de toute rela-

tion avec leur pays, avec l’Europe, avec le monde civilisé, pour partager le malheur sans espoir de celui qui fut leur maître, honore plus la mémoire de Napoléon que cet encens abject que brûlèrent devant sa fortune ceux qui le trahirent ou l’insultèrent dans son adversité.

Après avoir écarté Napoléon, le gouvernement provisoire et les Chambres cherchèrent vainement, soit par leurs actes, soit par les déclamations de la tribune, à exciter les Français à la résistance, pour obtenir, par ce moyen, des conditions plus analogues à leurs vues, plus favorables à leurs intérêts. Le grand nombre des propriétaires et des chefs de famille s’indignait contre les auteurs de tous les désastres qui étaient venus fondre de nouveau sur la patrie ; on demandait si l’on devait subir les conséquences funestes de l’opiniâtreté de quelques hommes qui ne craignaient pas d’exposer le peuple à verser des flots de sang pour contenter leurs passions, en repoussant du trône une famille dont le souvenir rappelait tant de bienfaits, et dont la noble existence était contemporaine des époques les plus reculties de notre histoire.

I..’armée, privée de son chef, montrait peu de propension pour obéir aux injonctions d’hommes étrangers pour la plupart à sa gloire militaire : d’ailleurs, peu sensible au débordement de l’éloquence d’orateurs inconnus pour elle, son patriotisme tout entier se concentrait dans Napoléon ; elle s’électrisait par l’ascendant de sa grande renommée, et non par de vaines dissertations sur d’obscures théories. Pourquoi nous battrions-nous désormais, di-

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