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SUR LA MALADIE ET LE TRAITEMENT DU PRINCE

(^. p. 217 et suiv. )

On a parlé dans divers écrits, d’une manière inexacte, de la maladie du prince et des remèdes qui lui ont été administrés. Je crois devoir ^rétablir les faits en donnant les notes t[ue j’ai prises de mes conversations avec le docteur Malfatti. Plusieurs détails tecbniques n'étaient pas de nature à figurer dans une notice, mais ils peuvent servir à montrer exactement la vérité.

Appelé auprès du duc de Reiebstadt , comme son médecin en titre , le docteur Malfatti apprend par les déclarations du comte de Dietriebstein que le prince a une faiblesse babituclle d'estomac 5 qu’il est sujet à une toux presque continuelle, à de légers maux de gorge, et à une journalière excrétion de mucosités au moment de son réveil -, que, depuis l’Age de quinze ans , il est souvent tourmenté par des liéinorrlio'ides. Le docteur Stendenheimer avait manifesté de vives inquiétudes sur des prédispositions à la pbthisie de la trachée-artère.

Le docteur Malfatti constate dans le prince une diathèse herpétique embrassant l'état membraneux : en conséquence le premier traitement eut pour objet de réagir sur le système cutané en y ramenant le vice intérieur : trente bains muriatiques et les eaux de Seltz coupées avec du lait produisirent l'effet attendu.

lin rapport du médecin , annexé à cet ouvrage, lit différer le commencement des travaux militaires du jeune prince jusqu'au printemps de l’année i83i . Dès lors il se livra à des

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fatigues hors de proportion avec ses forces , dissimula son état de santé et se refusa à tous les remèdes , notamment à l’usage des eaux minérales qui lui avaient été déjà d’une si grande utilité.

Au commencement du mois d’août, il fut atteint d’une dèvre catarrhale; on ne put lui faire garder le lit et la chambre qu’un seul jour.

Prohtant des craintes que fit naître l’invasion du choléra , le médecin parvint à éloigner le duc de Reichstadt des fatigues militaires. Deux mois de repos rétablirent ses forces épuisées ; mais bientôt il se livra de nouveau aux excès d’une extrême activité dans plusieurs exercices, et notamment dans les chasses de l’automne. 11 en résulta des crachemens mêlés de sang, circonstance qu’il s’efforça de cacher.

A la suite de nouvelles fatigues , il fut atteint , en janvier i85a, d’une fièvre rbumatique bilieuse et catarrhale qui prit un caractère aigu et inquiétant. Après la crise principale, la fièvre, de subcontinue qu’elle était , devint intermittente quotidienne. Le traitement exigeait une grande prudence , vu l’état alarmant de la poitrine , des viscères , et particulièrement du foie ; quoique dams l’origine cette fièvre ne fût qu’accessoire et qu’elle cédât aux spécifiques , il était à craindre qu’agissant sur les maladies chroniques , elle ne devint facilement fièvre secondaire de nature suppuratoire. Pour cette fois on eut le bonheur de s’en rendre maître : cependant des quintes de toux plus ou moins fréquentes et de forts engorgemens au foie exigèrent un traitement suivi.

On songeait déjà à l’emploi des eaux thermales , quand la .saison des bains serait arrivée; mais dès l'équinoxe du printemps , le prince , abusant d’une amélioration dans son état , se livra à de nouvelles imprudences, dont il fut impossible de le dissuader. Une récidive de fièvre, avec reviviscence des maux chroniques , en fut le triste et prompt résultat. On triompha encore de la fièvre , mais non pas des autres maladies. Toutefois , tant que prédominèrent les souffrances du foie et les hémorrhoïdes , qui souvent s’ouvraient spontanément, le mal de poitrine ne parut pas faire autant de pro-

NOTES

grès qu’on le craignait : il se manifestait cependant par une toux assez fréquente et par une expectoration d’une nature très-suspecte. L’application répétée de cataplasmes et de sinapismes sembla procurer un soulagement en facilitant l’expectoration.

Les maux de ventre , les duretés qu’on y trouvait , les engorgemens du foie et des sécrétions bilieuses de la nature la plus âcre , accompagnées d’un dérangement complet des fonctions digestives formaient le tableau principal de la maladie.

Dans le mois d’avril, à l’état décrit, vint se joindre par intervalles une accélération de pouls et des symptômes de froid à l’heure de la digestion , et à chaque crise naturelle ou artificielle du bas ventre. On voyait s’aggraver chaque jour l’état d’amaigrissement du prince, état occasioné, non par des pertes, mais par le défaut de digestion et d’assimilation. La faihle expectoration matinale devenait purulente , et prenait un caractère de plus en plus suspect. Cependant les symptômes relatifs à l’état de la poitrine ne s’aggravaient pas, la respiration restait libre, le malade pouvait se coucher indistinctement sur chaque côté, il ne se manifestait ni sueurs ni diarrhée. Le soir il n’y avait pas de mouvement de fièvre , c’était au contraire le moment le plus satisfaisant de la journée. Le prince pouvait sortir en voiture et à cheval, son sommeil et ses nuits étaient aussi tranquilles qu’en santé.

Vers la mi-avril , époque où le docteur Malfatti fut obli de suspendre ses visites, par suite d’une violente attaque dégoutté, il appela auprès du prince ses collègues les docteurs Reiman et Wiehrer , qui furent frappés de l’aspect de

l’expectoration Il leur fit part de la pensée qu’il avait

eue de recourir aux bains de tripes , vu l’état de dépérissement produit par la suspension des forces digestives : la crainte de provoquer les accès de fièvre froide l’avcût fait hésiter jusque-là. Les deux médecins, jugeant que le remède était opportun et même urgent, en déterminèrent l’usage.

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Le prince prit deux bains , pendant deux jours consécutifs. Le premier amena de forts troubles dans le bas-ventre avec des évacuations bilieuses et critiques. Le second détermina une expectoration assez abondante, en partie glaireuse , en partie de l’ancien genre suspect. Le troisième jour survint la fièvre d’accès caractérisée comme précédemment et à la même heure , c’est-à-dire vers midi. Le lendemain l’accès se reproduisit encore plus i'ortemeiu : et pendant que la fièvre se déployait, les symptômes du mal de poitrine diminuaient, en proportion que ceux du bas-ventre augmentaient, jusqu’à provoquer les vomissemens. Le docteur Wiehrer se garda de supprimer trop tôt la fièvre j ce ne fut qu’avec ménagement qu’il l’arrêta, parles mêmes moyens, deux fois employés avec succès.

Le prince fut bientôt en état de retourner à l’air, et de prendre un exercice modéré à cheval j quinze jours après il s’exposa à l'humidité et au froid dans une promenade du matin , et le soir il alla au Prater dans une voiture découverte, <jui par un accident malheureux fut renversée avec lui. Le lendemain il fut attaqué de doubles accès , à midi , et le soir, avec une violente fluxion de poitrine. Dès ce moment la fièvre ne le quitta plus, la toux augmenta graduellement , l’expectoration prit un caractère toujours plus fâcheux , les nuits devinrent inquiètes et sans sommeil.

Quand après cinq semaines d’absence le docteur Malfatti revit le duc de Reichstadt, il fut frapjié du changement rapide t{ui s’était opéré. La maladie était entièrement développée dans la poitrine, tandis que l’état du bas-ventre s’était sensiblement amélioré, et que les obstructions avaient diminué. L’anraigrissement, la fièvre lente, le dépérissement des forces , une toux fréquente , encore plus la nuit que le jour, l’absence «lu sommeil, une expectoration de la plus mauvaise nature, la perte de l’ouïe de l’oreille gauche , un assoupissement continuel, tel est le triste tableau de la maladie à cette époque.

Le 25 mai , le docteur Malfatti fit transporter le prince à Schœnbrünn, pour lui procurer un air plus libre. D’accord avec les docteurs Vivanot , Turekheim et Wiehrer, il pres-

NOTES

cri vit l'usage du lait de vache et des remèdes, dans le but d’opèrer une révulsion à la peau. Il y eut quelque amélioration, contrariée cependant par une atmosphère pluvieuse , et par une température variable 5 l’expectoration ne changeait pas de caractère. On essaya de joindre au lait les eaux de Seltz, mais elles occasionèrent de l’irritation ; on les remplaça par le kreitzbrum. Au lait de vache, on substitua le lait d'ânesse , que le prince ne put supporter j il prit goût pour le lait aigre qui lui ht du bien, et qu'il continua de prendre pendant quelque temps. Parfois , il faisait quelques promenades en voiture , il y eut même une courte époque où la maladie parut avoir diminué.

Un jour le prince , malgré toutes les instances qui furent faites pour l’en détourner, voulut se rendre à Luxembourg , à deux lieues de Schcenbrünn. Il y alla en voiture découverte , y fit une promenade d’une heure , reçut les officiers de garde , et causa beaucoup avec eux. A son retour , il fut surpris par un terrible orage. Dans la nuit suivante éclata une vio lente fièvre, avec une soif ardente, une respiration accélérée et difficile. Pour la permière fois , le duc indiqua à son valet de chambre qu’il éprouvait une douleur passagère au côté droit de la poitrine. Un crachement de sang eut lieu , mêlé d’une grande quantité de matière fétide ichoreuse. Le médecin ne douta pas de la rupture d’une forte vomique. Une nouvelle consultation eut lieu , et forma les plus tristes pronostics.

Quelques jours après , l’arrivée de l’archiduchesse Marie- Louise sembla diminuer l’intensité du mal, parla satisfaction qu’éprouva le prince. Il y eut une supension à l’extrême gravité de son danger , pendant environ trois semaines. La toux était moins fréquente, l’expectoration moins considérable , mais la qualité en était toujours ichoreuse. La fièvre était faible, il n'y avait ni sueurs , ni dévoiement, et le duc pouvait se coucher sur chaque côté, sans difficulté.

Dans une troisième consultation , les médecins ne doutèrent pas de la présence d’une vomique , et ils conjecturèrent que la maladie approchait de son terme.

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A cette ëpuque , la chaleur devint très forte , le tüerinomètre de Réaumur marquait habituellement de a8 à 5o degrés , l’état du prince empirait, la fièvre avait de forts redoublemens , l’expectoration devint d’une telle abondance, qu’il n’y eut plus de doute sur la rupture d’une seconde vomique. La progression du mal fut extrêmement rapide; le matin du 22 juillet , à quatre heures , le prince fut saisi d’une violente sensation à la poitrine. Il passa en peu d’instans. Son agonie fut courte et tranquille.

Depuis que mon écrit est sous presse , le docteur Malfatti s’est rappelé une anecdote qui peint la préoccupation des idées militaires dans le duc de Reichstadt. Au moment où la maladie lui avait enlevé ses forces, le docteur pensa qu’il pourrait éprouver quelque consolation , en sortant de sa chambre, pour aller respirer un air plus libre dans les jardins ; il ordonna de le transporter dans une chaise à porteurs, k Dans une chaise:! porteurs! s’écria le jeune prince avec indi-

gnation. — Eli bien. Monseigneur, qu’y a-t-il donc là qui mérite votre improbation ? — On voit bien que vous notes pas militaire ! — 11 est vrai ; mais je me rappelle que le maréchal de Saxe , en litière , ne gagnait pas moins des

batailles. — Vous avez raison Ordonnez qu’on prépare

la chaise à porteurs pour ce soir. »

Le duc de Reichstadt n’a pu faire de testament. Les terres Bavaro-Palatines qu’il devait posséder un jour formaient un apanage éventuel qu’il ne pouvait d’ailleurs transmettre qu’à ses descendans légitimes , s’il en eût eu. Quelques armes , ses livres , ses manuscrits , sont le seul héritage qu’il ait hiissé à mère. 11 n’a rien recueilli de Napoléon, qui par son testament lui avait légué dill’érens objets , avec ordre à diverses personnes de les lui remettre quand il aurait atteint sa quinzième année. Au moment où le duc était déjà très-malade, M. Marchand, premier valet de chambre de Napoléon , et l’une des personnes chargées de remettre les objets légués au jeune prince , écrivit au prince de Metternich pour demander l’autorisation de se rendre à Vienne , afin d’exécuter les clauses du testament. Dans

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la situation où se trouvait le duc de Reicbstadt, on crut ne devoir pas répondre à cette demande, qui fut inutilement renouvelée Depuis M. Marchand a fait des

démarches auprès de l’archiduchesse Marie - Louise , afin qu’elle reçoive les objets dont il est dépositaire.

.SUB LES FUMÉRAILLES. (^. p. 269 et SUIV.)

Les cérémonies des funérailles du duc de Reicbstadt ont été les mêmes qu’on observe pour les princes de la maison impériale. J'avais vu l’année précédente les obsèques de l’archiduc Rodolphe , c’elaient des dispositions semblables , avec quelque différence qui tenaient aux honneurs rendus aux titres de cardinal , archevêque d’Olmutz. On a suivi exactement pour le jeune prince le cérémonial qui fut réglé pour les funérailles du duc Albert de Saxe-Teschen, époux de l’archiduchesse Marie-Christine. C’est l’étiquette espagnole adoptée à cet égard par l’Autriche depuis des siècles. Les voitures de parade, employées dans ces circonstances , sont très-remarquables ; leur forme , leurs vastes dimensions , leurs énormes roues sculptées , leurs vernis d’un rouge éclatant qui en fait ressortir les riches dorures , offrent un bel aspect, malgré leur antiquité: elles datent du règne de Charles VI.

Du reste , sous le rapport du cortège militaire , le grade et les services en décident. Celui qui a exposé ses jours pour son pays est accompagné au cercueil avec les honneurs de la guerre. Un jour j’ai vu sortir d’un hôpital le convoi d’un vieux soldat, escorté de ses compagnons d’armes , et suivi d’un corps nombreux de musique , le cheval de bataille couvert d’un voile noir, le guerrier armé de toutes pièces et la visière baissée. Les nombreux bataillons , les équipages d’artillerie , sont des honneurs réservés au grade et à la valeur. Un simple chevalier de Marie-Thérèse peut être accompagné d’un convoi militaire plus considérable que celui d’un archiduc qui n'aurait pas eu de

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coinioandeinent dans les années , tant les souverains de l’Autriche ont a cœur d’faonorer les services rendus à la patrie.

SUR LBS TOMBEAUX.

Dans la planche , annexée à cet ouvrage , sont indiqués seulement les deux caveaux funèbres qui renferment les tombes des membres de la famille impériale depuis Marie-Thérèse j mais une porte opposée du vestibule conduit dans des souterrains plus sombres , où à la lueur d’un flambeau on aperçoit, à travers des grilles de fer , lesmonumens, parmi lesquels les plus remarquables sont ceux de Léopold P*', de l’impératrice Eléonore et de Charles VI. Le plus ancien est celui de l’empereur Mathias. Celui de Joseph mériterait d’être distingué pour la richesse des décorations et la beauté du travail j le vulgaire l’admire sous le rapport de la matière ; ce vaste tombeau est d’argent.

La partie de cette demeure sépulcrale où sont déposés les restes du duc de Reichstadt est éclairée par des ouvertures supérieures. Ce caveau est un agrandissement exécuté en 1826 par ordre de l’empereur régnant. Je l’ai visité de nouveau depuis que le cercueil du duc de Reichstadt a été renfermé dans son tombeau de cuivre , qui est le plus grand et le plus orné de ceux qui l’entourent. Il est remarquable par les huit fortes têtes de lion qui soutiennent de grands anneaux de bronze. Huit semblables têtes , mais d’une bien moindre dimension , décorent la bordure supérieure des faces latérales. C’est la seule de ces tombes à laquelle on ait donné de tels omemens : sur le couvercle au-dessous d’une grande croix tréflée , on lit dans un ovale l’inscription rapportée dans la notice j aux quatre angles on a exécuté des bas-reliefs représentant un casque renversé sur un javelot et un glaive qu’unit la palme de l’iiumortalité.

NOTES DIVERSES

Les trois lettres dont on donne le fac .limite sont adressées an capitaine Foresti.

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