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situation, et visiblement ému, me racontait le capitaine Foresti :
« A l’époque même où le jeune prince fut confié au comte de Dietrichstein, je fus appelé auprès de lui pour remplir les fonctions de son gouverneur. Je partageai cette marque honorable de confiance avec M. Collin , connu par ses succès littéraires , par sa belle tragédie i\'Essex et plusieurs autres pièces qiii sont restées sur la scène : il était frère du célèbre poète Henri Collin, l’auteur de Béguins, de Coriolan, de tant de productions l’honneur du théâtre autrichien.
« Jusqu’au moment où le prince passa sous notre direction , on avait évité de fatiguer son enfance d’un travail pénible , mais on s’était appliqué à développer son intelligence par des soins assidus, par des entretiens à portée de sa compréhension. Sous les ordres immédiats de M*“® la comtesse de Montesquiou se trouvaient deux dames plus spécialement chargées de s’occuper habituellement de son éducation, Soufflot et sa fille: toutes deux étaient instruites et parfaitement convenables aux fonctions qu’on leur avait confiées. La jeune personne surtout était extrêmement distinguée par un caractère aimable, par une imagination vive et pénétrante: c’est elle qui, le plus habituellement, cultivait l’esprit de son jeune élève, en lui racontant des histoires k sa portée, en lui faisant des lectures dont le choix l’intéressait, qui donnaient lieu à des demandes, à des explications, à des entretiens assidus. Employée avec un discernement remarquable, cette méthode contribua à donner de l’action et du développement
LE DUC
aux facultés naturelles de l’enfant. Aussi l’on jugea ([u’il était susceptible de commencer à recevoir son éducation sous la direction de gouverneurs, dès qu’il eut atteint l’âge de quatre ans et demi. L’éducation des princes d’Autriche commence généralement vers la cinquième année; mais, à cet égard, il n’y a ni règle ni époque fixe dans la famille impériale : les facultés intellectuelles sont seules consultées en semblable circonstance.
«L’enfant était à cet âge remarquablement beau, .ses mouvemens avaient de la grâce et de la gentillesse. Il parlait déjà facilement et avec cet accent particulier aux habitans de Paris. Nous prenions plaisir à l’entendre nous exprimer, dans le langage naïf de son âge, des pensées, des observations d’une extrême justesse.
« Il était nécessaire qu’il s’habituât de bonne heure à l’usage d<î la langue allemande : il devait l’entendre beaucoup parler autour de lui ; il fallait donc qu’il fût bientôt en état de ne rester étranger ni à ce qu’on pouvait dire en sa présence, ni par suite aux moyens d’instruction qui devaient en résulter. Mais quand nous voulûmes essayer de lui faire prononcer quelques mots allemands, tout à coup il opposa une volonté négative tléterminée, comme une résistance désespérée : on eût dit qu’en parlant cette langue il craignait d’abdiquer sa qualité de Français; il soutint fort long-temps, pour son âge, cette résolution, qui dut s’évanouir enfin. Alors il apprit l’allemand avec une prodigieuse facilité , il le parla bientôt dans la famille impériale. C’était une satisfaction réelle d’assister au travail facile de cette jeune imagination.
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