Mousquetaires roturiers. 1. Prêtre
NB. Dans chaque régiment il y aura un secrétaire et un auditeur Russes, attendu qu'il est indispensable que les officiers qui rempliront ces deux places sachent la langue et les lois du i)ays.
5) Chaque colonie sera partagée en dix districts dont chacun sera occupé par une compagnie avec ses officiers.
6) Chaque district sera composé de cinq villages.
7) Dans chaque village, il y aura un officier, deux sous- officiers, 40 mousquetaires gentilshommes et 20 roturiers.
8) Les états-majors des deux régiments formeront deux districts à
part qui seront les chefs-lieux des deux colonies, et les centres de l'administration.
9) La distribution des terres se fera dans cette proportion: clianue mousquetaire roturier aura une portion de terre de trente arpents (îs^B l'arpent russe qu'on nomme décmtma est de 80 toises géométriques de longueur sur 30 de largeur). Cette portion de 30 arpents sera à jamais indivisible.
10) Chaque mousquetaire gentilhomme et chaque sous-officier aura deux de ces portions, savoir 60 arpents.
11) Chaque officier de compagnie ainsi que ceux de l'unterstab en auront dix, savoir 300 arpents.
12) Chaque prêtre aura dix portions à la charge d'entretenir son église.
13) Chacun des 6 officiers supérieurs en aura 20, savoir 600 arpents.
14) L'aumônier du régiment en aura 15, savoir 450 arpents à la charge d'entretenir son église.
15) On assigne à chaque district 700 portions de terres, savoir 21,009 arpents.
16) Mais comme par la distribution ci-dessus on n'a disposé dans les districts de Compagnie que de 580 portions et dans ceux de l'étatmajor seulement de 185, il en résulte qu'il restera dans les premiers 120 portions et dans les seconds 525.
17) De ces dernières 525 portions 40 pourront être distribuées en ferme par les gouvernements des deux chefs-lieux à dés colons, artisans, manufacturiers ou autres dont l'existence sera utile ou nécessaire aux colonies et qui naturellement doivent se trouver dans un chef-lieu.
18) En outre chaque colonie aura à sa disposition du terrain pour 4 nouveaux districts, savoir: 84 mille arpents pour y établir des colons (jui tiendront leurs terres en fermes et le produit de ces fermes sera versé dans les caisses respectives des deux colonies pour être employé ou en secours, ou établissements utiles.
19) Le prix de ces fermes (jui devra être très-modi(|ue au commencement pourra être augmenté tous les 4 ans d'aiirès une estimation d'experts et ne pourra jamais excéder le 10-e du revenu net.
20) Les colons ne pourront être dépoudlés de leurs fermes tant «lu'ils payeront leurs redevances.
21) Les 120 portions (|ui resteront dans chaque district de compagnie et les 125 qui resteront <lans chacun des deux districts d'état-major
pouiToiit pour à présent être considérées comme des commîmes et seront ensuite employées à l'usage qui sera indiqué ci-dessous.
22) Tout colon militaire, officier ou simple mons(iuetaire jouira du revenu de sa terre sans payer aucune redevance, non- seulement tnnt (|u'il restera an service, mais après même qn'il aura pris son conji,é.
23) Après sa mort sa veuve et ses enfants jouiront du même privilège pendant dix ans.
24) Si après ce terme aucun de ses enfants n'est en état de le remplacer dans le même grade, alors ses héritiers conserveront l'immunité pour une terre correspondante au grade du nouveau chef de la famille et payeront pour le surplus la redevance sur le pied des autres colons non militaires.
25) S'il ne reste que des femmes dans la famille après les dix ans expirés, elles payeront la redevance pour toute la terre, et continueront de jouir du revenu de la terre tant que vivra la veuve du défunt ou qu'il y aura des filles de lui non mariées. Mais après la mort de la veuve et rétablissement des filles le bien-fonds reviendra à la communauté.
26) Les 120 portions vacantes dans les colonies et les 125 des chefs-lieux serviront pour former l'état des nouveaux militaires qui devront remplacer les défunts ou les congédiés.
27) Tous les habitants d'un district seront sous l'inspection et la surveillance du capitaine commandant de la compagnie qui devra faire rapport au régiment de tout ce qui s'y passe. Le colonel s'adressera poulies atïaires civiles au gouvernement de la province et pour les militaires, il fera rapport au commandant général. Le commandant général, dans toutes les affaires qu'il ne pourra pas régler de sa propre autorité, s'adressera au collège de guerre.
28) Chaque colonie pourra avoir un tribunal dans son chef-lieu oii les affaires litigieuses pourront être jugées d'après les lois et les usages de ces colonies et les arrêts de ces cours en cas d'appel aux tribunaux russes auront force de jugement de première instance.
29) Pour ce qui regarde les affaires criminelles, les militaires seront jugés d'après les lois militaires russes et la sentence sera envoyée avec la procédure à la confirmation du collège de guerre, quant aux simples colons on instruira leur procès dans les colonies et ou les enverra i>our être jugés au gouvernement.
30) La cour se charge de faire bâtir successivement pour chaque colon qui viendra s'établir pendant les premières 5 années une maison propre et commode, en outre deux églises dans les deux chefs-lieux et des chapelles dans chaque district.
31) Tout colon militaire aura 1 rouble par arpent pour l'achat des ustensiles et autres effets nécessaires pour l'économie domestique et rurale, de sorte que chaque officier supérieur recevra 600 roubles, chaque officier de compagnie 300 et le mousquetaire roturier 30 roubles.
32) En outre chaque mousquetaire et sous-officier recevra deux juments, deux vaches et six brebis et les officiers en proportion. La cour destine à cet effet 15 mille juments, 15 mille vaches et 40 mille brebis.
33) Les simples colons qui viendront, pendant les premières cinq années, auront 12 roubles par tête pour leur établissement. 11 leur sera permis ainsi qu'aux colons militaires d'établir toute sorte de fabriques et manufactures et d'en débiter les produits dans l'intérieur de l'empire, sans payer pour cela ni impots ni douane.
Les prêtres, que le plan général accorde à cet établissement, pourront s'occuper à enseigner les premiers éléments à la jeunesse, en attendant (|uc les colonies se trouvent en état d'entretenir des maîtres.
Pour copie conforme à l'original, approuvé par Sa Majesté Impéj'iale.
L'aide-de-cainp général, Platon de Zoubow. St-Pétersboiu'g, le 9 (20) décembre 1792.
St-Pétersbourg, le 9 (20) décembre 1792.
Le prince de Condé ayant écrit, en date du 29 octobre passé, à Sa Majesté l'Impératrice pour lui exprimer le désir de la noblesse française qui se trouve sous ses ordres de venir chercher un asile en Russie, et le duc de Richelieu ayant présenté à Sa Majesté Impériale un mémoire détaillé sur ce même sujet, l'Impératrice a vu avec sensibilité la confiance avec laquelle la noblesse française avait recours à sa générosité et à sa bienfaisance. N'ayant jamais perdu de vue le courage avec lequel cette noblesse infortunée s'est sacrifiée pour son honneur et pour la personne de son roi. Sa Majesté Impériale ne peut que recevoir avec plaisir les vues qu'on lui expose pour la dédommager de iant de pertes ou du moins pour la préserver d'un anéantissement total. C'est avec de tels sentiments que l'Impératrice a pris en considération les différentes idées exposées dans le mémoire du duc de Richelieu. Sans cesser de faire des vœux pour le rétablissement de la monarchie française et d'employer pour cet objet tous les moyens qui sont en son pouvoir, sans
vouloir coniirmer les émigrés français dans le désespoir auquel ils paraissent s'abandonner, Sa Majesté Impériale croit qu'il est de son humanité d'adhérer à leurs désirs formellement exprimés dans la lettre du prince de Condé de venir s'établir dans son empire. Elle accorde par conséquent asile et hospitalité dans ses états à tous les Français émigrés qui viendront en Russie sous les ordres de ce prince et elle consent à fixer leur sort et leur donner un état honorable.
Sa Majesté Impériale pour mettre le prince de Condé à même de calculer les avantages qu'Elle veut bien faire à ceux pour lesquels il s'intéresse à si juste titre, se fait un plaisir de lui communiquer ses intentions à leur égard.
1) Sa Majesté l'Impératrice accorde aux émigrés français qui passeront en Russie, sous les ordres du prince de Condé, une étendue de terrain de 630 mille arpents sur les confins du gouvernement de la Tauride et de celui de Catérinoslaw s'étendant sur les bords de la mer d'Azow et remontant les deux rives de la Berda. Ce pays situé au 47-ème degré de latitude jouit d'un climat sain et tempéré et d'un sol très-fertile. Toutes les productions des pays méridionaux de l'Europe, à l'huile près, peuvent y venir avec facilité et en abondance. Les côtes olïrent des baies et des ports dont il sera aisé de tirer avantage. Les ports de la Crimée et ceux d'Azow et de Taganrog situés à une petite distance de l'établissement ainsi que l'embouchure du Don, offrent de grandes ressources pour les approvisionnements et pour le commerce. Sa Majesté l'Impératrice aurait voulu adhérer au désir de la noblesse française et l'établir en Crimée; mais il lui aurait été impossible de lui offrir dans cette province, déjà partagée, un terrain libre d'une étendue suffisante pour former à tous un établissement unique.
2) Les colons français qui viendront s'établir en Russie déclareront, en entrant, la religion qu'ils veulent suivre et auront l'exercice libre et public de leur culte.
3) Comme la plupart d'entre eux sont catholiques, les colonies auront un évêque de ce rit et de leur nation qui sera suffragant de l'archevêque catholique de Mohilow.
4) Ceux d'entre les colons que le prince de Condé assurera avoir été gentilshommes en France jouiront pour eux et pour leur descendants des droits de la noblesse russe.
5) Six mille hommes de ceux qui viendront en Russie sous les ordres du prince de Coudé seront partagés par lui en deux régiments d'infanterie égaux pour former deux colonies militaires d'après l'état ci-annexé.
20fi
6) A^ii le grand nombre des officiers émigrés il est impossible qu'ils soient reçus en Russie tous avec les grades qu'ils avaient au service du roi de France. Sa Majesté l'Impératrice consentira à prendre à sou service plusieurs des plus distingués par leurs connaissances et par leur mérite, d'après les recommandations du prince de Condé et l'utilité dont ils pourraient être. Tous les autres seront placés dans les deux régiments qui devront former la colonie et ils seront reconnus dans les grades qu'ils y occuperont d'après l'état des deux régiments.
7) Les deux régiments formés d'après l'état ci-joint jouiront des mêmes droits et avantages des autres régiments d'infanterie de l'Impératrice et devront suivre les lois militaires de l'empire.
8) Pendant les deux premières années qui suivront leur établissement, chaque individu recevra ses appointements d'après son grade ainsi que des provisions de bouche et des fourrages sur le pied des autres troupes d'infanterie de l'Impératrice. Après ces deux années ils ne recevront plus ni provisions, ni fourrages et n'auront que la demi-paie en temps de paix; mais lorsqu'ils seront commandés hors de chez eux, ils auront la paie entière, les provisions et les fourrages.
9) Sa Majesté Impériale accorde à perpétuité aux Français émigrés qui viendront s'établir dans les nouvelles colonies deux cents places de cadets dans le corps des cadets de la mer Noire. Ils pourront y envoyer immédiatement tous ceux de leurs enfants depuis 6 jusqu'à 12 ans dont ils voudront confier l'éducation aux soins de Sa Majesté. Il est bon de remarquer que d'après l'établissement de cette école, l'entretien des jeunes gens qui y sont admis, depuis le jour de leur entrée jusqu'à celui de leur sortie, est en entier à la charge de la couronne, et qu'à moins d'une inconduite qui n'est pas à prévoir ils sortent tous avec le rang d'officier pour être employés sur la flotte.
10) Pour tous les avantages que Sa Majesté l'Impératrice accorde aux colons français. Elle n'impose d'autres conditions que celle de porter les armes sous ses drapeaux et d'être toujours prêts à marcher là où le service de Sa Majesté pourra, l'exiger, à la suite des ordres qui leur seront donnés.
11) Si avec le temps le nombre des émigrés augmentait considérablement, il n'y aurait aucune difficulté à la formation d'autres régiments.
12) Les émigrés français se trouvant à présent abandonnés de tout le monde (^t privés de toute ressource. Sa Majesté Impériale veut bien en attendant se charger de jKmrvoir à leur subsistance.
13) Comme ils ne pourront pas à cause de la mauvaise saison, se
mettre tout de suite en route et qu'il faudra attendre pour cela le printemps, Sa, Majesté l'Impératrice a remarqué que du moment où ils auront pris définitivement le parti de se transporter en Russie jusqu'à leur arrivée au rendez-vous qui leur sera fixé, il pourra y avoir un espace de temps de 6 mois. D'après ce calcul et celui des sommes nécessaires à l'entretien d'un corps de 6 mille hommes, porté à 120 mille livres par mois dans le mémoire de M. de Richelieu, Sa Majesté l'Impératrice mettra à la disposition du prince de Condé la somme de 60 mille ducats de Hollande pour l'entretien de 6 mois et les frais de route de ce corps jusqu'au rendez-vous qui leur sera fixé.
14) Ce rendez-vous sera la ville de Zaslaw eu Wolhynie. Les émigrés pourront s'y rendre par pelotons, voyageant sans armes et observant la plus sévère discipline.
15) Les ministres de l'Impératrice en Allemagne auront des ordres de faciliter leur passage et de les assister de tous les moyens qui seront à leur portée.
16) Arrivés en Pologne ils y trouveront uniformes, bottes, redingotes, efiets de campement et tout ce qu'il faut pour être mis sur le pied des autres troupes de l'Impératrice. Ils pourront s'y reposer pour se rétablir des fatigues du premier voyage et se mettre en état d'entreprendre le second qui leur sera beaucoup plus aisé, n'ayant plus à passer que par des pays ou occupés par les troupes de Sa Majesté, ou appartenant à son empire.
17) Le prince de Condé sera le chef et le commandant général des colonies. C'est lui qui organisera les régiments, donnera les ordres et les dispositions nécessaires pour la route, présidera à rétablissement et le gouvernera au nom de l'Impératrice.
18) Assurément le prince de Condé rend justice à la grandeur d'âme de l'Impératrice et à la noblesse de ses sentiments, en se reposant entièrement sur Elle du soin de lui faire un sort et un accueil convenables à son rang et à sa naissance. Les malheurs dont il est la victime ne rendent ce prince que plus estimable aux yeux de l'Impératrice qui sait apprécier le vrai mérite et qui en recevant dans ses états le prince de Condé, se félicite de l'acquisition qu'EUe fait et du pouvoir qu'Elle a de réparer envers lui les injures du sort. En laissant toutes les mesures à prendre à cet égard à l'époque où le prince de Condé sera arrivé en Russie, Sa Ma;jesté Impériale se fait un plaisir de déclarer d'avance que le prince et sa famille seront reçus dans ses états sur un pied qui les mettra au-dessus non- seulement de tous les sujets de l'Impératrice, mais encore de tous
les étrangers au service de Russie de quelque naissance ou distinction qu'ils soient.
Pour copie conforme à l'original, approuvé par Sa Majesté Impériale.
L'Aide-de-camp général Platon de Zoubow.
St.-Pétersbonrg-, le 9 (20) décembre 1792.
10) Le duc de Richelieu au comte Razoumowski, ambassadeur
de Russie à Vienne.
Eug'iana, près Kowel, en Wolhynie, 18 (29) août 1793.
Je ne vous dirai pas, mon cher Ambassadeur, le plaisir que m'ont fait vos deux lettres; j'ai voulu avoir la seconde pour répondre à la première. Elle m'a été apportée par mon valet de chambre heureusement arrivé ces jours-ci. Je n'avais pas besoin des nouvelles marques de votre amitié pour être persuadé que je peux compter sur vous comme sur moi-même, et cette assurance est une grande consolation pour moi. Ma situation en devenant moins pénible sous bien des rapports n'en est pas moins embarrassante, et je me trouve dans une position telle que, quelque parti que je prenne, je ne peux que me ménager des regrets d'une manière ou de l'autre. La lettre de Rivière aurait été bien propre à me monter la tête, si l'effroyable nouvelle des revers arrivés en Bretagne n'était venue, en me pénétrant de douleur, faire changer absolument mes idées; mais une autre proposition qui m'a été faite par le prince de Condé est venue me jeter dans un grand embarras. Ce prince, dans la lettre la plus aimable et la plus touchante, m'annonce qu'il vient de demander pour moi au nouveau roi le corps des chevaliers de la couronne, sans contredit le plus distingué de sou armée; il y ajoute les instances les plus pressantes pour le venir joindre. Quelque flatteuse que fût la perspective de me trouver à la tête d'un aussi beau corps, surtout si le prince de Coudé devait agir comme il me semblait que cela était le projet, elle ne m'a point fait oublier, mon cher ami (souffrez que je vous donne ce nom), les engagements que j'ai pris ici, engagements fondés maintenant sur les bienfaits que j'ai reçus de Sa Majesté. Ainsi quoiqu'il m'en coûte beaucoup, je vous l'avoue, je n'ai pas même demandé un congé formel pour m'absenter, afin de ne pas me donner le vernis de l'ingratitude ou même de l'inconséquence. Cependant pour tâcher d'accorder, s'il était jiossible, mes devoirs comme Français avec mes engagements, j'ai écrit à M. de Lambert, homme fort droit, qui m'a déjà rendu de très-bons services à Pétersbourg, et qui est en passe de
m'en rendre encore, une lettre ostensible, où je lui dis nettement les projiositions que me fait le prince de Condé, et en protestant comme je le dois et le pense de mon attachement et de ma reconnaissance pour les bontés de Sa Majesté. Je le prie de tâcher de savoir les dispositions et les ordres de l'Impératrice. J'ai fait partir cette lettre par un courrier qu'on expédiait au moment même, et j'en attends la réponse avec impatience. Je vous avoue qu'il m'est impossible de voir parfaitement en beau les affaires de France. En envoyant au maréchal Roumianzow la lettre du comte son tils, je lui ai écrit pour le pressentir là-dessus, et aussi sur une petite course que, dans tous les cas, je serais bien aise de faire à Vienne cet hiver. Je verrai ce qu'il me répondra. Sans tous ces embarras qui ne me laissent pas un moment de repos, je serais assez agréablement ici. On me veut généralement assez de bien. Le brigadier me comble d'honnêtetés et d'attentions; a naimnaio .iiyiime roBopnTb h paayMi^Tb h yBtpen^ iito a CKopo n ch Ma.ibii\nj ipy^OMt aobojilho ysHaio n cobcèmi. e,pa Bce no- HUMaio, iiTO j[M cjiyjKÔbi naj^iejKHT'b. En voilà assez pour vous faire voir que je n'ai pas perdu mon temps- encore six mois, je serai aussi au fait que la plupart des étrangers qui sont au service.
Je vous avoue que je n'entends rien à la conduite du nouveau roi; entre nous, le prince de Condé me mande qu'il le presse, depuis six semaines, de le venir joindre sans y pouvoir réussir. ((Apparemment», dit-il, ((que des raisons politiques que je ne connais pas le retiennent à Vérone». Pour moi, je ne vois pas quelles peuvent être ces raisons politiques; il me semble qu'il ne peut en exister, et, comme vous lé dites avec beaucoup de vérité, c'est en France qu'il faut qu'il se fasse reconnaître; une fois reconnu là, personne ne lui refusera cette reconnaissance tant désirée.
J'ai bien de la peine à croire, mon cher Ambassadeur, que tout cela tourne bien, et je persiste à croire, ce que je sais depuis longtemps, que par la force des choses, les Français auront un roi, mais que ce roi ne sera pas de la maison de Bourbon. Malgré cette pensée, je désire de tout mon cœur pouvoir achever cette guerre, et donner tout mou sang à une cause à laquelle j'ai tant de raisons d'être dévoué.
Mille et mille tendresses, je vous prie, à Elisabeth: j'espère qu'à présent elle est tout à fait bien.
Langeron vous a donné des détails sur nos armées; les recrues nous arrivent à force, et d'ici à 3 mois nous serons à peu près complets. Je voudrais fort que le civil allât dans ces nouvelles provinces plutôt que lé militaire; mais il s'en faut; il semble au contraire qu'on prenne à tâche d'éloigner par tous les moyens possibles les malheureux habitants de ce pays.
Adieu, mon cher Ambassadeur; je crois que la meilleure manière de vous témoigner ma reconnaissance pour toute votre amitié, c'est de vous assurer que mon tendre attachement ne finira qu'avec ma vie.
Je vous supplie de faire mettre bien exactement cette lettre à la poste.
11) Le duc de Richelieu au comte Razoumowski.
St-Pétersboiirg', ce 1-er (12) mai 1795.
Je vous dois la vérité, mou cher Ambassadeur, et je ne répondrais pas à l'amitié et à la confmnce que vous m'avez témoignées, si je ne vous rendais pas compte de ma manière d'être ici. Elle est pénible et désagréable à tous égards. Si l'on avait eu pour but de me dégoûter absolument, on n'aurait pas pu s'y prendre autrement, et pour peu que cela dure on y parviendra, car la pauvreté et le malheur se supportent, mais l'humiliation ne se supporte jamais. Les premiers moments de mon arrivée m'avaient fait croire que je serais sur le même pied qu'à l'ordinaire. M. de Zoubow m'a reçu avec beaucoup d'amitié, même de confiance, m'a parlé longtemps, a paru content de ma. conversation et des choses que je lui ai dites. M. Estherhazy m'a marqué beaucoup d'embarras, et son déplaisir de me voir arriver n'a pas même été trop bien dissimulé; je m'y attendais; il avait trop de torts envers moi pour que cela pût être autrement; j'ai aiïecté de ne lui pas eu parler, et d'être avec lui exactement comme toujours. S. M., quand je lui ai été présenté au palais d'été, oii Elle est venue pour l'audience des députés de Courlande, m'a fait la grâce de me parler, et c'est Elle qui m'a appris la première la paix de la Prusse en m'en marquant son étonnement et son mécontentement. J'ai cru d'après cela que je jouirais des faveurs qui m'avaient été accordées à mon dernier voyage; les petites entrées étant une grâce qui, une fois accordée, ne pouvait jusqu'à présent plus être ôtée. J'en parlai au comte Estherhazy qui me dit qu'il verrait, mais qui ne fit aucune démarche. Voyant qu'il ne voulait se mêler de rien de ce qui me concernait, je m'adressai directement à M. de Zoubow. Je lui dis qu'il se rappelait que j'avais joui de cette faveur; et que je le priais de me dire si je pouvais continuer à me présenter chez S. M. Jamais je n'ai vu d'homme aussi embarrassé pour si peu de chose; il me répondit que S. M. était dans la plus grande retraite, et balbutia ensuite quelques mots que je ne compris pas. J'ajoutai alors que
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cela me suffisait, que loin de vouloir me fourrer, j'avais seulement voulu ne pas paraître indifférent à une grâce dont Je sentais tout le prix, et dont toutefois la privation m'était bien sensible. En effet, non-seulement je n'ai plus été admis dans la petite société, mais même les ermitages et les bals, où on prie presque toute la cour, et où au premier voyage de tous ceux que j'ai faits ici, je ne manquais jamais d'être invité, je n'y ai pas été admis non plus, et toutefois au palais taurique, où S. M. est à prescrit, tous ceux qui venaient à la société du palais d'hiver y viennent, et plusieurs autres encore qui ne sont pas reçus au palais d'hiver. Vous voyez qu'il n'est pas possible d'éprouver une défaveur plus marquée: nombre de personnes dans la ville m'ont demandé pourquoi je n'allais pas à la Cour; je leur en ai dit tout simplement la raison, et elles en ont été on ne saurait plus étonnées. M. de Markow, de qui j'ai on ne saurait plus à me louer, m'a demandé ce que je désirais; je le lui ai dit, et je crois que Langeron vous a mandé ce que c'était. Il en a parlé à M. de Zoubow, et m'a conseillé de lui en dire aussi deux mots; ce que j'ai fait avant de lui parler des entrées. Il m'a répondu que cela irait de soi-même et qu'il ne nous retiendrait pas longtemps. Cependant depuis ce temps j'ai toujours trouvé sa porte fermée, et je n'ai pu parvenir à le voir qu'à sa toilette du matin, la cérémonie la plus indécente dont il soit possible de se faire idée. On arrive à 10 heures pour attendre l'heure à laquelle il se frisera, ce qui n'est jamais fixé; la seule fois que j'y ai été, j'ai attendu jusqu'à une heure (ju'on nous a fait entrer. Il était assis vis-à-vis une table de toilette et lisait des gazettes; nous l'avons tous salué, sans qu'il nous rendît le salut. On lui a apporté des papiers à signer, et au bout de trois quarts d'heure je me suis approché de lui; il m'a dit quelques mots, je lui ai rappelé notre affaire dont M. de Markow avait eu la bonté de lui parler le matin. Il ne m'a pas répondu un seul mot, et a appelé une autre personne. Peu accoutumé à cette manière, je gagnai la porte, et m'enfuis un moment après, un peu honteux peut-être d'une impolitesse aussi grande. Il demanda à Langeron oii j'étais, lui témoignant du regret de ce que j'étais sorti sans lui parler; il lui demanda si nous étions expédiés au collège de guerre. Langeron lui dit que non; il lui dit qu'aussitôt que nous le serions il ferait notre affaire. Nous l'avons été le lendemain, et hier Langeron est allé à cette toilette pour lui dire que nous étions expédiés; il lui a répondu qu'il s'occuperait de nous un de ces jours. Vous voyez, mon cher Ambassadeur, comme cela doit être prochain; si M. Estherhazy qui le voit du matin au soir voulait le lui rappeler cela serait peut-être; mais il ne faut pas compter sur lui. La Cour va aller à Zarskoë Celo, et c'est une
affaire thiie. M. de Markow y met toute l'obligeance et la grâce possibles, mais il me paraît que sou crédit sur l'autre est un peu diminué et ([u'il n'en est pas content. C'est ce qu'il est fiicile de voir par les petits mots qui lui échappent parfois le soir, en petit comité, chez la princesse Dolgorouki. M. de Zoubow est d'un caractère méfiant et de soi-même et des autres; il n'est pas méchant, mais d'une nonchalance et d'une paresse qui passe toute imagination; maintenant que je vous ai mis au fait de ma situation, je vous ferai part de mes projets.
Si d'ici à 3 semaines, on nous accorde ce que nous demandons, je pars pour le régiment, j'y reste imperturbablement, et il sera difficile qu'on ne me laisse pas, quand le brigadier, qui l'a aujourd'hui, deviendra général, ce qui serait une chose sans exemple dans le militaire russe. Si au contraire on persiste à ne pas le faire, alors, d'aujourd'hui en trois semaines, je donne ma démission, car on ne peut pas servir avec 800 roubles, et ces mille à 12 cents ducats m'étaient nécessaires pour me mettre un peu en équipage et vivre jusqu'à ce que j'eusse reçu le régiment; alors je mettrai ensemble le peu de ressources qui me restent, et j'ai calculé qu'elles me suffiront pour vivre quelque part avec économie pendant 18 mois. Il serait bien malheureux si, d'ici à ce temps, ma femme et mes sœurs ne m'avaient pas pu envoyer de quoi subsister, ou si mes amis ou mon savoir-faire ne me procuraient pas quelque moyen de m'en procurer. M. Estherhazy prétend que la manière dont on me traite est une façon de faire voir aux Français qu'ils n'ont rien à espérer, et dégoûter tous ceux tiui y sont, ainsi que ceux qui pourraient avoir envie d'y venir. Si cela est, il est fâcheux de devoir servir d'exemple aux autres, et cela sans l'avoir mérité autrement que parce que l'on est peut-être un peu plus en évidence. La lettre de Thugut était on ne saurait plus pressante; l'ambassadeur l'a fait valoir encore plus. M. de Zoubow n'a pas daigné nous eu dire un seul mot. Vous sentez, mon cher Ambassadeur, combien il est désagréable d'aller mendier ainsi son i»ain de porte en porte. J'aimerais mieux le gagner comme cadet à la pointe de mou épée que de l'obtenir comme colonel de cette manière. Aussi,* sans le reproche d'inconséquence (jue j'aurais i)eut-être encouru, j'aurais déjà t(nit planté là. Mais je veux attendre six ou sept semaines, après quoi je prendrai mon parti que rien ne pourra faire change)-. .l'ai été aussi bien reçu par la ville que mal à la Cour, et je ne puis assez me louer de ramitié et de rintérêt qu'on me témoigne.
Cette letlic vous sera remise par le comte de Quinsonnas qu'une maladie affreuse oblige d'aller prendre les eaux. C'est celui de tous les Français contre lequel on a le plus crié avant de le connaître, car de sous-
lieutenant, «lu'il était en France, on l'a l'ait colonel ici. Mais il s'est si bien conduit de toutes manières, qu'il s'est lait universellement aimer. J'ai des raisons particulières de lui être attaché, et je réclame pour lui vos bontés et votre intérêt. Permettez que je le recommande aussi à l'Ambassadrice. Quant à l'atfaire des Poliguac, il faudra absolument la renouer pour qu'elle aille ainsi que je vous l'ai mandé dans ma dernière lettre.
Ce que M. Estherhazy l'ait et rien, c'est la même chose, car pour bien dire, il ne fait rien du tout pour personne, que nuire aux autres, de peur d'avoir des concurrents. Je suis bien sûr qu'il n'a pas peu contribué à m'éloigner.
Mille pardons, mon cher Ambassadeur, de ce long et ennuyeux griffonnage; il faut que je compte autant sur votre amitié pour oser vous l'envoyer. Peut-être trois semaines après la réception de cette lettre me verrez-vous arriver. J'en ai bien peur, et ce sera avec un sincère regret que je quitterais un service auquel je comptais me consacrer entièrement. Dans tous les cas, veuillez bien me conserver votre amitié, et comptez à jamais sur ma vive reconnaissance et sur mon inviolable attachement.
Youlez-vous bien faire tenir cette lettre au prince de Condé.
12) Le duc de Richelieu au comte Razoumowski.
Pétersbourg, le 4 (15) juin 1795.
Langeron vous a mandé le succès de notre affaire; j'en suis ravi de toutes manières, mon cher Ambassadeur; cela me rattache tout à fait à votre pays que sans cela je me serais vu obligé de quitter. J'ai pris congé de S. M. hier à Zarskoë Celo, et je l'ai remerciée; on m'a reçu à merveille, dit les choses les plus obligeantes et gardé toute la journée ainsi que Langeron. Aussi ai -je dit à M. de Markow que grâce à lui tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Je pars demain et prends la route de Moscou, car de passer par la Russie Blanche on ne m'y rattrapera plus; il y a économie de temps et d'argent à passer par Moscou quoiqu'il y ait 200 werstes de plus. Nous passerons chez le maréchal, de là à Kiew, et de là chacun au régiment. Donnez, je vous prie, un mot à mon valet de chambre que je fais venir, et à qui je vous prie de faire remettre la lettre ci-jointe qui est très-importante, vu qu'elle contient une lettre de change.
Adieu, mon cher Ambassadeur, mille choses à Elisabeth; le comte Estherhazy ne veut rien faire pour les Polignac, et pourtant, je vous assure, qu'il serait fort aisé de leur procurer, sinon ce qu'ils demandent, au moins des étabhssements avantageux. J'en parlerai encore aujourd'hui à BI. de Markow. Croyez, je vous prie, à ma reconnaissance et à mon inaltérable attachement. ^^
S'il vous venait des lettres pour moi, veuillez bien les adresser toujours à Brodi, poste restante.
13) Le duc de Richelieu au comte Razoumowski.
Brodi, ce 17 (6) juiUet 1795-
Je suis enfin arrivé à peu près au terme de mon voyage, mon cher Ambassadeur; vous savez que la fin de notre séjour a été beaucoup moins fâcheuse que le commencement, et surtout le jour où nous lûmes à Zarskoë Celo. S. M. m'a prouvé, par la manière pleine de bontés dont elle m'a particulièrement traité, que les dégoûts dont on m'a abreuvé ne venaient pas d'Elle-même, mais bien de personnes malheureusement beaucoup trop hors de ma portée. Maintenant me voilà au régiment; je vais tant travailler et à la langue et au service, qu'avant peu, je serai au fait, et il ne me reste plus que trois chances à courir. La 1-ère, que d'ici à 5 ou 6 mois l'on me donne un régiment; celle-ci n'est guère probable. La 2 -de, que j'attende tout naturellement que le brigadier Miklachefski devienne généralmajor, et qu'alors j'aie le régiment, ce qui serait encore l'atfaire de 15 mois. La 3-ème, que, par un effet d'une malveillance ou particulière ou générale, on n'envoyât à cette époque un colonel plus jeune que moi recevoir le régiment à mon nez et à ma barbe. Ceci serait, comme vous pouvez croire, immédiatement suivi de ma retraite; mais j'espère beaucoup que les choses n'en viendront pas là. J'attendrai patiemment la seconde chance, et je me donnerai tant de peine, je tâcherai de faire dire tant de bien de moi qu'on ne puisse avoir le moindre prétexte pour me traiter plus mal qu'un autre. Voilà mon plan de conduite que je vous soumets, comme à l'homme à qui je dois le plus de reconnaissance, car sans vous, sans votre recommandation à M. de Markow, je ne sais ce que j(^ serais devenu, aussi je vous assure que ce ne sera jamais pour moi un sentiuunit pénible. J'apprends ici (lue l'Impératrice vient de faire quelque chose pour les Polignac. Comment est-il possible que M. Estherhazy ou M. de Markow ne m'en aient rien
dit. Si cela est un établissement sur le Dnieper, conseillez-leur fort de ne pas se presser. Le comte de Clioiseuil d'Aillecourt (jui dans ce moment est occupé de la même chose doit être l'hiver prochain à Vienne, pour voir ses enfants et pourra leur donner tous les renseignements possibles. J'ai eu le plaisir de voir, à Moscou, le comte Léon, que nous ne sommes pas assez heureux pour avoir cette année à la division; il m'a témoigné une bonté qui m'a prouvé qu'il était bien votre irère. Voulez-vous bien faire remettre cette lettre à M. Elliot. Je suis venu ici pour prendre quelqu'arrangement pour mes lettres. Le général Markow est à Doubno à 6 werstes d'ici. Langeron à Loutzk à 9, et moi à Kovcl à 16. Ayez la bonté de faire adresser, ici à Brodi toutes les lettres que vous pourriez avoir pour moi; mille et mille choses, je vous prie, à Elisabeth. Comptez, mon cher Ambassadeur, sur mon bien tendre et inviolable attachement.
J'oubliais de vous dire que le maréchal Roumianzov^, chez qui nous avons été deux jours, nous a traités encore infiniment mieux que la dernière fois.
14) Le duc de Richelieu au comte Razoumowski.
A Czayeziiice, ce 25 (13) octobre 1796.
Je vous ai écrit, mon cher Ambassadeur, pour vous faire part de toutes les choses heureuses qui m'étaient arrivées; il était bien juste que, vous devant tout ce que je puis jamais devenir dans ce pays-ci, je vous fisse hommage de l'espèce de fortune que j'avais obtenue. Maintenant tout est changé; la mort de l'Impératrice, qui annonçait à tout l'empire, et surtout à l'armée, une face nouvelle, vient d'être suivie de celle du maréchal Roumianzow, que j'ai apprise hier, et qui a eu lieu le 20. Cet événement m'a frappé et affligé autant qu'il soit possible, et il me semble, par rapport à moi, une suite de la fatahté qui me poursuit depuis longtemps, et qui ne semblait s'être un moment calmée, que pour retomber ensuite plus fortement; et d'ime manière plus sensible. Le maréchal avait tout fait pour moi, il m'avait comblé de bontés, et m'aurait soutenu envers et contre tous; maintenant. Dieu sait ce que son régiment, ce que moi-même vais devenir. Au reste, ce qui me regarde personnellement ne m'absorbe pas assez, pour que je ne sois pas bien occupé des personnes qui m'intéressent. Je suis persuadé ijue votre sort n'éprouvera aucun changement, et je le désire bien vivement; ct'pendant dans une circonstance comme celle où nous nous trouvons, on
peut tout craindre, et s'attendre à tout. Je ne serai donc parfaitement tranquille, que quand j'aurai su que vous êtes confirmé dans vos charges et dignités, ce qui j'espère a déjà eu lieu. Ne me refusez pas, je vous en supplie, la consolation de m'informer de ce qui vous est arrivé à cet égard, et songez que s'il est peu de personnes qui aient plus de raisons que moi de s'intéresser vivement à tout ce qui vous touche, il en est aussi fort peu qui vous aient voué un attachement plus inviolable.
J'ai appris avec bien du chagrin, par nos nouvelles de Pétersbourg, que le comte Markow avait perdu ses places; je souhaite fort que ce soit un faux bruit, comme tant d'autres que l'on fait courir. Je lui suis attaché de cœur et d'âme, et d'ailleurs je sais qu'il est fort lié avec vous. J'attendrai de vos nouvelles avec bien de l'impatience. Comptez, mon cher Ambassadenr, sur toute ma reconnaissance, et sur rattachement le plus tendre et le plus vrai qui fût jamais.
15) Le duc de Richelieu au comte Razoumowski.
Ce 14 (2) mars 1797.
D'après la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire, mon cher comte, et dont il faut que je vous remercie pour la confiance que vous m'avez marquée, j'imaginais que j'aurais bientôt le plaisir de vous voir quoique an fond je ne le désirasse pas. Maintenant que je sais que votre séjour à Vienne se prolonge, je veux m'en réjouir avec vous, et pour vous-même et pour toute cette famille à laquelle vous êtes si nécessaire. Je souhaite bien vivement que cette prolongation s'étende autant que vous pouvez tous le désirer,et je crois que les affaires de l'Empereur ne s'en trouveraient que mieux. Quant à moi, j'espère être bientôt tout à fait sous la remise; vous avez su ce qui m'est arrivé; après un affront aussi public, et aussi peu mérité, il n'y avait pas moyen de rester; aussi ai-je écrit d'abord à Sa Majesté pour la supplier de m'accordcr mon congé, et en attendant, pour éviter le voyage de Courlande où le régiment que je commandais a eu ordre de se rendre, j'ai aggravé un peu l'état de ma santé qui n'est vraiment pas trop bonne, et j'attends, sous ce prétexte, la réponse que je dois recevoir d'ici à dix ou douze jours. J'ai eu malheureusement l'assurance, que toute cette affaire n'était pas, comme plusieurs personnes
voulaient me le faire croire, l'effet d'un malentendu, mais plutôt de préventions que quelquovs individus (je ne peux concevoir qui) ont données à l'Empereur contre moi. Je vous avoue que toute cette histoire i^st une des choses dans ma vie qui m'a fait le plus de peine, quoiciuc les personnes qui me connaissent ne changeront pas, j'espère, d'opinion à mon égard; cependant il est difficile qu'une disgrâce aussi complète, et qui ne tombe que sur moi, seul de tous les Français qui se trouvent au service, ne soit pas attribuée à une mauvaise conduite, tandis qu'au contraire je puis dire avec vérité que, sous tous les rapports, je m'étais appliqué à la rendre exempte du moindre reproche. Maintenant, que' les choses en sont venues à ce point, je n'ai pas d'autre désir que d'être yBOJiem. le plus tôt possible, et j'espère (jue l'Emperenr ne me refusera pas cette dernière grâce. Mes affaires et des intérêts très-pressants exigent ma présence en Suisse, et je profiterai de cette circonstance pour m'y rendre le plus tôt possible. J'aurai le plaisir de vous voir en passant à Vienne, où d'abord je m'arrêterai peu. J'espère que je vous y retrouverai à mon retour, et que je serai alors, au moins pour mes affaires pécuniaires, dans une meilleure situation qu'à présent.
Je vous prie, mon cher Ambassadeur, de garder cela absolument pour vous seul; malgré l'issue peu agréable qu'a l'établissement que je comptais faire dans ce pays, je n'en conserverai pas moins précieusement le souvenir de tout ce que vous avez fait pour moi, et soyez bien persuadé que ma l'econnaissance égalera toujours l'attachement bien tendre et bien vrai que je vous ai voué pour la vie.
Mille et mille choses, je vous prie, à Elisabeth.
16) L'Empereur Alexandre au duc de Richeheu,