‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 144 sur 159 · LETTRE DE SA IN T-SIMON · texte numérisé non relu

LETTRE DE SA IN T-SIMON

me perdrais inutilement pour la cause , et si le roy d'Espagne m'ordonnoit quelque chose là dessus, l'exécution en serait bien délicate; ce qui m'a surpris au dernier point , c'est que Leurs Majestés Catholiques et les plus instruitsde leur cour m'ont sceu jacobite longtems avant mon arrivée , et comme tous leurs cœurs sont tournés de ce costé, je nedoubte pas qu'ils ne s'ouvrent plus volontiers à moy que à aucun autre ministre de France s'ils trouvent quelque chose à proposer. Pour le fonds, l'autorité sans bornes de M. le cardinal du Bois , surtout en affaires estrangeres , son •goût, son attachement, son interest pécuniaire peut-estre, ses préjugés, les voyes dont il s'est servi pour entrer en quelque chose, puis pour cheminer à pas de géant, les traittés peu ordinaires tout récents qui en ont esté les fruits et qui sont son ouvrage favori , tout cela le lie tellement à Londres, qu'il ne faut pas avoir la moindre notion de luy pour l'en détacher. Et à l'égard de Son Altesse Royale , je diray d'icy à Votre Eminence, ce que je n'oseroîs luy mander de France dans la crainte de l'ouverture des lettres et ce que je ne luy ay jamais dit, c'est que ce qui le rend aussi hanovrien que son ministre, c'est que ce ministre, pour qui, au commencement la base de la fortune estoit la liaison de Londres avec son ministre, a eu l'art de luy inculquer profondement que leurs droits et leurs interests estoient communs tl partant nécessités d'estre intimement unis et de l'asseurer et protéger réciproquement. En vain ai-je représentée M. le duc d'Orléans

AU CARDINAL GUALTERIO^y. 487

que le vray roy d'Angleterre n'a jamais renoncé à la succession de cette couronne par la possession actuelle d'un autre trosne comme le roy d'Espagne, et qu'il ne peut y avoir de parité, ny Son Altesse Royale en reconnoistre du roy Georges à luy, le cas avenant en France, sans se faire un tort extresme et se traitter luy mesme d'usurpateur, rien n'a pu luy oster de la teste cet interest si pressant que celuy de son ministre y avoit enfoncé si avant et par lequel il a cheminé si loin , tellement que voila un double empeschement aux affaires du roy d'Angleterre que nos derniers traittés avec Georges achèvent de rendre impossibles maintenant. Tout attaché qu'est le chancelier Tobie du Burgk à son Roy légitime, son bon sens l'en fait convenir encore qu'il ne sache pas le fond de notre Cour à cet égard , de sorte que je ne voy qu'une union bien cimentée des deux couronnes, qui puisse opérer en faveur du roy d'Angleterre, comme j'ay l'honneur de le luy mander, et c'est se tromper volontairement qu'espérer mieux et plus tost. Je ne laisseray pas d'écouter et d'entendre de toutte mon application M. le duc d'Ormond et de me portera un service qui m'est si cher autant que devoir et prudence me le pourront permettre. Je conjure Vostre Erainence d'en vouloir repondre pour moy à S. M. B., mais de garder pour eUe seule cette fatale parité avec George si avant imprimée dans l'esprit du Régent. Vostre Eminence m'a fait beaucoup de grâce de garder les lettres de la main du roy d* Angleterre pour moy et de me les envoyer en chiffre. Il n'y a point à en user autrement à cause de la seureté. »

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