LE POINT DE FAIT
dont M. le Duc de Saint-Simon Ta honoré. L'incident qui arrête les opérations de Tlnventaire. présenté sous son véritable point de vue, ne devoit pas faire la matière d'un léger différend, moins encore devoit-îl donner lieu à une contestation qui exigeât un Arrêt de la Cour. »
Venant à ce qu'il appelle le point défait, le rédacteur de cet écrit si curieux, dans le fragment qui suit, dit en fort bons termes et très -dignes pour la mémoire du feu Duc :
« Quiconque a vécu avec feu M. le Duc de Saint-Simon a toujours reconnu dans son caractère et cette sorte de génie qui le rendoit capable des plus grandes affaires, et cet esprit de citoyen qui lui faisoit rapporter au bien public ses études, ses recherches et jusqu'à ses liaisons, et cette liberté de penser et d'écrire qui le mettant audessus du vulgaire, Ta souvent obligé de cacher au public des idées grandes et utiles qu'il ne confioit qu'à ses plus intimes amis. Il est entré en différens temps dans les secrets du Gouvernement; tout le monde sçait qu'il a eu même part au Ministère, et ce que l'on sçait encore, c'est que, comme il mettoit tout à profit pour la Patrie, il a employé son loisir à rappeler dans des Mémoires secrets les événements qui s'étoient passés sous ses yeux, et dont il avoit été plus à portée que per-
sonne de pénétrer les ressorts et les causes, il a même conservé la plupart des lettres importantes qu'il recevoit. Elles forment dans la succession un objet précieux, mais hors du commerce, et qui ne peut être mis qu*à côté de ces excellens manuscrits, fruits de son travail et de ses méditations (i). »
L'avocat consultant fait ensuite ressortir que l'intention du testateur est clairement marquée par les termes de sa disposition. Il estime que fixer nettement Pobjet de la demande de l'appelant^ c'est en démontrer la justice. L'Ordonnance de M. le Lieutenant Civile au principal renvoie les parties à l'audience, et par provision permet que l'Inventaire soit continué hors de la présence de M. l'Évêque de Metz et sans que besoin soit de l'y appeler. Or, M. de Metz ne demande à Messieurs du Parlement que de lui reconnaître ce droit essentiel d'assister à la levée des scellés
^i) Ce fragment du Mémoire de M. TÉvéque de Metz présente un intérêt particulier. C'est la première fois, en effet, qu'il a été fait mention publique de Mémoires écrits et laissés par celui qui avait été le plus intime en même temps que le plus sage confident des pensées et projets du Duc d'Orléans d'abord et du Régent ensuite.
go MÉMOIRE DE M. DE METZ.
réapposés sur les armoires de la salle du X>aiz et sur la porte du petit cabinet où travaillait M. le duc de Saint-Simon. Parlant spécialement de dous[e paquets cachetés et contenant des lettres qu'il est peut-être de raison d'État d'enlever à la curiosité des gens d'affaires, et de créanciers dont Tinquiétude présente déjà le legs particulier à M. de Metz comme un objet de cinquante mille écus, il dit :
« De qui sont ces Lettres? Quelles raisons ont obligé le testateur à les garder? C*est un mystère qu'il est important que nul autre que son légataire ne puisse pénétrer. La Cour a parfaitement senti combien ce secret importoit à la police publique, puisque, en recevant M. de Metz appelant à l'ordonnance du Lieutenant Civil, elle a voulu que Ton en vînt à l'audience avec Messieurs LES Gens du Roi (i).
(i) Messieurs LES Gens du Roi n'intervenaient au Parlement qu*en des occasions toutes particulières. Lorsqu'ils venaient en la Grand'Chambre sans y être mandés, c'est qu'ils étaient porteurs des Ordres du Roi et de Lettres de cachet. Dans ces cas, on les voyait s'avancer, ainsi que l'avocat Barbier le remarque non sans malice, «c avec cet air modeste et composé qu'ils ont toujours ». Pour la cause présente, on a vu par le texte de l'arrêt du i6 avril qu'ils seraient mandés aux audiences; je n'ai pu découvrir s'ils ont eu lieu de prendre la parole dans l'une des^ trois audiences qui ont été consacrées à l'af&ire de M. l'Évêque de Metz.