‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 10 sur 244 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

D'une bonne famille lorraine, mais sans fortune, M. de Stain ville servait dans l'armée; il était entré fort jeune au service (i). Nommé lieutenant en second en 1739, il avait fait la campagne de Bohême en 1741, avait assisté au siège de Prague et à la prise de Sahay en 1742. Puis il servit comme colonel d'infanterie dans les armées d'Italie

avoir épousé la dernière héritière de cette maison. Il fit sa carrière au service de François-Etienne, duc de Lorraine, puis grand-duc de Toscane, et enfin empeieur d'Allemagne. Il était ministre du duc de Toscane à la cour de France, emploi qui lui valait 30,000 livres de rente, lui donnait le droit de faire porter derrière lui sa canne par ses domestiques, ne l'obligeait à rien et le laissait se livrer au plaisir de la bonne chère, sa passion dominante.

M. de Stainville eut cinq enfants, trois garçons et deux filles. Le fils atné entra au service de France, au régiment du roiinfanterie; il devint le duc de Choiseul. Le second, sous le nom de comte de Stainville, entra au service de la maison d'Autriche. Le troisième suivit la carrière ecclésiastique, devint évêque, puis archevêque de Cambrai.

Les deux filles furent placées dans le chapitre de Remiremont. L'une épousa le duc de Gramont, l'autre fut abbesse du chapitre de Saint-Pierre, à Metz.

On avait surnommé le château de Stainville, en Lorraine, le château de l'Ennui/ Mme de Graffigny appelle Mme de Stainville ma bégueule, et après un séjour de quelques heures chez elle, elle fait une croix sur la maison en jurant bien qu'elle n'y remettra jamais les pieds.

(i) Choiseul-Stainville (Etienne-François, duc de) , né le 28 juin 1719.

et du Rhin. Partout il montra la plus brillante valeur; il avait un grand sens des choses de la guerre et son habileté dans le conseil égalait sa tranquille audace sur le champ de bataille. Il reçut en 1 746 la récompense de ses talents et fut nommé brigadier, puis employé dans les armées de Flandre jusqu'en

Pendant ses fréquents séjours à Paris et à Versailles, il se lia avec M. de Gootaut d'une grande amitié^ et, s'il faut en croire les contemporains, il devint l'amant, et Tamant « éperdument aimé »» de Mme de Gontaut.

Quelque temps après, la jeune femme devenait grosse, et le 13 avril 1747 elle accouchait d'un fils, qui fut le célèbre duc de Lauzun (i), La naissance de ce rejeton, impatiemment attendu, comblait d'allégresse toute la famille, qui redoutait, non sans raison, de voir s'éteindre le nom glorieux des Biron* Le baptême fut célébré le même jour.

Un funeste événement vint inopinément transformer en tristesse profonde la joie générale : le lendemain même de sa délivrance, la jeune mère fut

(1) Voir îe Duc de Lausun et la cour intime de Louis XVi par M. G. Maugras. Pion, 1893,

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