‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 100 sur 244 · CHAPITRE tlUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE tlUITIÈME

ma faniilîe et ma société me sont agréables infiniment..*

«i On a dit que j'avais des maîtresses passables; je les trouve^ moi^ délicieuses* Dites-moi, je vous prie, quand les soldats du roi de Prusse auraient douze pieds, ce que leur maître peut faire à tout cela? Je ne lui connais que deux tours à me jouer ; celui de me faire jeter un sort pour que je sois impuissant.., ou bien de me faire ordonner par un article de la paix de lire une deuxième fois les œuvres du philosophe de Sans-Souci, sans goût, sans vers, etc, , hors ceux qui sont pillés. Je vous avoue que véritablement ce serait un tour, car je n*ai jamais rien lu de si ennuyeux.., »

Du reste, que Luc se rassure; à moins qu*il ne le fasse empoisonner , Choiseul sera ministre jusqu'à la fin de la guerre, et avant peu il réduira cet insolent à solliciter la place de général des troupes de la république de Venise.

Le I" mai 1760, Frédéric écrit à Voltaire :

a Ces filous qui me font la guerre m'ont donné des exemples que j'imiterai au pied de la lettre.,. Ces polissons verront qu'ils ont abusé de mes bonnes dispositions, et nous ne signerons la paix que le roi d'Angleterre à Paris, et moi à Vienne,..

iS6 DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL

Mandez ces nouvelles à votre petit duc, il pourra en faire une gentille épigramme... »

Cette lettre, fidèlement transmise à Versailles, y provoque une violente indignation.

a II me paraît, par la lettre de LuCj » répond Choiseul, w qu'il y a des Gascons sur le petit trône de Berlin comme sur les bords de la Garonne. » Puis, ne pouvant contenir son indignation, il continue : w Nous méprisons les injures grossières,.. Luc nous fera toujours horreur. . . il déshonore la nature. . . le roi fera son devoir sans songer aux injures des polissons de la rue, »

Mais ce qui a eu le don de mettre Choiseul hors de lui, c'est ce projet de Frédéric de signer la paix à Paris et à Vienne.

« Dites-lui de ma part que si cet événement arrive, ce sera apparemment lorsqu^il aura été mis aux fers par quelque détachement de l'armée de Daun et qu'on le conduira à Vienne pour y signer la paix. Voilà un plaisant militaire pour oser se rire de pareilles impertinences, tandis que sa famille n*est pas en sûreté dans les casernes de Berlin et qu*il est obligé de faire voyager sa triste femme et les fils de ses frères d'une ville dans une autre de peur qu'ils ne soient pris par des hussards. »

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