‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 101 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Non content d'écrire cette lettre violente, Choiseul recommande bien à Voltaire de l'envoyer à Frédéric, a Qu'il connaisse le peu de cas que nous faisons de lui au physique et au moral, » dit-il, 0 et notre mépris pour ses plates injures. »

Mais Voltaire ne se souciait aucunement d'être pris entre l'enclume et le marteau, a Je tâche de ne me point brûler avec des charbons ardents, » écritil; et bien que le noble duc l'ait assuré qu'il saurait le protéger contre la colère de Frédéric, le philosophe, qui n'avait qu'une confiance médiocre dans les promesses des grands, garda prudemment la lettre pour lui. En même temps il adressait au duc des conseils de modération, et il le dissuadait de répondre, a Ma foi, vous êtes plus sage que moi, » riposte Choiseul, « et vous avez raison, il vaut mieux ne pas répondre aux injures. »

Pendant tout l'été de 1760, la guerre continue avec des alternatives diverses; il n'est plus question de paix, bien au contraire. « Il me paraît que tout le monde est déterminé à faire la guerre encore l'année prochaine, » écrit Choiseul tristement ; « il n'y a que moi qui me désole de cette ardeur guerrière, car je ne peux pas dire que V appétit me vienne en mangeant, »

iS8 DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL

En attendant, il se préoccupait de l'avenir^ et il cherchait à trouver une base solide pour établir un nouveau système politique quand cette malheureuse guerre aurait pris fin.

Il écrit, le 13 juillet 1760;

« Il est peu important pour un royaume et son histoire que Pierre ou Paul soit ministre et Jeanne ou Marguerite maîtresse ; mais quand on n^est pas un fol ou le plus étourdi des hommes , on doit trembler de contribuer à déranger ce que les cardinaux de Richelieu et de Mazarin ont édifié.,. Il faut être présomptueux à l'excès pour imaginer qu'on substituera au système de ces grands hommes un système équivalent.., La création d'un système nouveau m^effraye et me fait penser jour et nuit. Vous trouverez, à ce que j'espère, que je suis prudent et que j'ai raison de réfléchir beaucoup sur la situation de l'Europe après la paix, car c'est de là d'où dépend le bonheur ou Tinfortune de Funivers pendant un siècle. »

Ces inquiétudes si généreuses peignent bien le caractère de l'homme que nous étudions. Dans toutes les circonstances où il nous sera donné de le juger^ nous le verrons toujours penser avec noblesse et montrer dans sa conduite autant de

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