‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 99 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

tient que la France est loin d'être à bout et que son obstination peut coûter cher à Frédéric :

« Mandez au roi, écrit-il le 20 septembre 1759, que, malgré nos échecs, Louis XV est encore le maître d'anéantir, s'il le voulait, la puissance prussienne. Si la paix ne se fait pas cet hiver, il ne nous restera plus que ce parti à prendre, et il faudra bien s'y soumettre, quelque dangereux qu'il soit... Croyez qu'il reste des ressources infinies à cette monarchie, et si la guerre continue, nos ennemis verront, à ce que j'espère, ce que c'est que- la puissance de la France... Si nos ennemis étaient de bonne foi, ils profiteraient de notre franchise et de notre volonté pacifique ; la route est indiquée. .. » Il admettait, du reste, que « les battus doivent payer l'amende », et il ne se refusait pas à fournir une indemnité de guerre.

La vérité est qu'à ce moment le ministre se débattait dans les plus grands embarras; il lui fallait soutenir la guerre, réparer les pertes de l'armée et refaire la marine : or le crédit était ruine par quatre campagnes et par les prodigalités du roi. Choiseul souhaitait ardemment la paix, et il eût voulu la conclure « au prix de sou sang » , pourvu qu'elle fût honorable ; il sentait bien toute la

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détresse de notre situation et les dangers que nous faisait courir la prolongation des hostilités.

Pendant le cours de Tannée 1760, les lettres de Berlin et de Versailles ^ bien loin de s^adoucir, deviennent de plus en plus aigres, de plus en plus blessantes, et le malheureux Voltaire, qui s'était flatté de jouer le rôle de pacificateur, ne sait plus où donner de la tête^ ni comment apaiser la colère de ses correspondants.

Frédéric ayant écrit que Choiseul t serait un jour ou Tautre chassé de sa place, qu'il était depuis deux ans ministre j ce qui était exhorbitant en France et presque sans exemple », le duc répond vertement ;

w 22 avril 1760.

« Cet homme ne sait peut-être pas que j'ai la réputation d'avoir eu de l'ambition et que je n'en ai pas l'ombre, que je hais les affaires à mort, que j'aime mon plaisir comme si j'avais vingt ans, que je m'embarrasse fort peu de l'argent et que la fortune la plus médiocre qui me ferait vivre me serait suffisante; j'ai une très belle et très commode maison à Paris; ma femme a beaucoup d'esprit; ce qui est fort extraordinaire, elle ne me fait pas cocu ;

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