CHAPITRE HUITIÈME
9 octobre 1 762, cette lettres! profondément pensée : 0 Je ne vous ai pas répondu sur votre famille toulousaine, cette affaire vous avait sérieusement échauffé le cerveau; je l'ai apprise par vous, mais j'ai lu depuis dans les papiers anglais une lettre à d'Alembert, qui en vérité n'est point sage : on peut être peiné d'une injustice de Messieurs, mais prudemment il ne faut pas s'en plaindre comme vous vous en plaignez, encore moins se faire des ennemis et peut-être des affaires pour jouer le rôle d'avocat de causes perdues. Vous connaissez trop l'administration du royaume pour ne pas savoir que les parlements jugent en dernier ressort le criminel, que le roi est astreint aux formes, que, selon les lois, ce qu'il peut faire, quand une partie se plaint du jugement, est de demander les motifs, et que cette demande entraîne les longueurs dont vous vous plaignez et ne produit ordinairement aucun redressement sur un arrêt qui se trouve exécuté. Des juges se peuvent tromper parce qu'ils sont hommes, mais les rois doivent suivre les formes et s'en rapporter au jugement des hommes nécessairement; il y aurait plus d'inconvénients à intervertir cet ordre qu'il n'y en a à le maintenir; vingt-cinq personnes peuvent, par
on grand hasard^ se tromper, et en cela je plains la nature souffrante et jugeante, mais tout un tribunal ne condamne pas à mort pour son plaisir; voilà tout ce que je puis dire sur le pendu que vous protégez, dont d'ailleurs il n'a pas été question ici. Je suis, au reste» persuadé de son inno-* cence; je prie Dieu de tout mon cœur pour le salut de son âme, et si jamais son affaire revient par les formes au conseil du roi, je récouterai avec Fattention la plus scrupuleuse. Mais je vonsgron"derai, et vous mériterez de l'être par vos amis, quand une affaire vous est aussi étrangère^ de vous engager à écrire des lettres qui doivent vous attirer des chagrins.
« Adieu » ma chère marmotte; il est un âge où il ne faut employer la fin de son imagination que pour son bonheur et celui de ses amis, laisser aller le monde comme il va quand on n*est pas chargé de le conduire, et dire toujours du bien de M. le Prieur (i). »
(i) C'est-h-dîre le roi. — - A ce propos Voltaire écrit â Damilaville : «M. le duc de Choiseiil m*a écrit quatre pages sur cette horreur dont il m*a eru coupable. Maïs comment m 'a-t-il pH soupçonner d*nne telle bêtîse, d^une telle folie, de telles express ions j d*yn tel style ^ lui qui a de fesprit et du goÛt, Le poids des alFaires publiques empêche qu'on ne vole avec