‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 105 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

chagrin pour vous est précisément le but de vos ennemis; ils ne peuvent pas vous faire couper la langue, mais ils vous rendent malheureux. L'on débitait chaque jour pendant la régence de la reinemère des vers contre elle ; elle se fâcha et fit punir ceux qui les affichaient; cependant l'acharnement en ce genre augmentait à mesure que l'on punissait et fut au point que dans une petite place au bout du Pont- Neuf appelée la place des Trois-

Maries on afficha qu^elle était une p de toutes

les manières possibles. Comme l'on disait que c'était du cardinal Mazarin, elle le consulta sur le: moyens de faire cesser cette licence ; il lui répondi sagement qu'elle ne cesserait que quand elle n'en serait point affectée ; la reine suivit son conseil, et l'on n'a pas depuis affiché de pièce scaixdaleuse contre elle. »

Le philosophe de Ferney ne cesse de se louer de la protection que Choiseul étend sur lui et des bontés dont il le comble. « Il ne m'appartient pas, écrit-il fièrement à d'Argental, de me dire l'ami de M. le duc de Choiseul, comme Horace l'était de Mécène, mais il m'honore de sa protection. » A la seule prière du patriarche, Choiseul, accablé d'affaires, fait mille démarches pour satisfaire

toutes les demandes qui lui viennent de Ferney, Quand ce n'est pas au dtic que le patriarche s'adresscj c'est à sa sœur toute-puîssantei Mme de Gramont. « Vous êtes ma protectrice, » lui écrit4l pompeusement en 1765^ et il lui demande une compagnie de dragons pour le mari de Mlle Corneille! Ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il Tobtient* Voltaire, ravi d'une influence assez étrange chez un homme qu'on chassait de France, ne tarissait pas en éloges sur le premier ministre, a Avouons donc, s'écriait-il, que M. le duc de Choiseul a une belle âmci un cœur noble et généreux... Nous ne devons point avoir de meilleur protecteur que ce ministre généreux qui a de Fesprit comme s 11 n'était point grand seigneur...; qui a sauvé bien des chagrins à de pauvres philosophes, qui l'est lui-même autant que nous, qui le paraîtrait davantage si sa place le lui permettait. » (3 janvier 1766.) Et il énumère com plaisamment tous ses titres à sa reconnaissance. « Je vous dois tout, car c'est vous qui avez rendu ma petite terre libre. C'est par vous que mon désert horrible a été changé en un séjour riant, que le nombre des habitants est triplé ainsi que celui des charrues et que la nature est changée dans ce coin qui était le rebut de la terre, j»

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