CHAPITRE IX
TTdstesse du roi et de Mme de Pompadour. — Sombres pressentîments de la marquise. — Sa maladie. — Inquiétudes de Mme de ChoîseuL — Mort de Mme de Pompadour. — Chagrin des ChoîseuL - — L^exEl des jésuites. — Iotrîg"ues de Mme d'Esparbès. — Choïseul veut se retirer* — Il cède au3£ instances du roi. — Mort du dauphin et de la dauphine. — Mme de Choiseul et le marquis de Mirabeau,
Au cours de !*année 1 764, les plus graves événe* ^nents survinrent à Versailles et anienèrent une j)erturbation complète dans la vie du monarque et ^lans celle de son entourage intime. Avant d'en faire le rapide récit, rappelons les incidents qui les pré- <:édèrent et en furent pour ainsi dire le prologue. On pourrait croire que la vie de Louis XV et de Mme de Pompadour était une succession ininterrompue de plaisirs et de fêtes, qu'il était impossible de jouir plus complètement de la vie, d'être plus gais et plus heureux. Il n'en était rien, et la tristesse régnait bien souvent dans les réunions intimes j surtout depuis quelques années. Le roi était assez sombre par nature, et les exhortations de son
entourage parvenaient seules à l'égayer. Il craignait beaucoup la mort, et cependant il aimait à en parler ; il y faisait de fréquentes allusions ainsi qu*à tout ce qui pouvait en rappeler Tidée.
Un jour il se promenait en carrosse avec Mme de Pompadour et Mme de Mirepoix ; apercevant sur une éminence plusieurs croix : « Ce doit être un cimetière, dit-il » » et il envoya un êcuyer pour s'en assurer, L'écuyer, en revenant, confirma la supposition du roi, et il ajouta qull y avait trois tombes toutes fraîches. Mme de Pompadour détourna la tête avec horreur en poussant un gémissement. Quant à la petite maréchale , elle dit gaiement ; « En vérité, c'est à faire venir Feau à la bouche. »
Bel exemple de la folle gaieté qui régnait dans rintimîté royale,
Mme de Pompadour, elle aussi, était naturellement portée à la mélancolie ; à mesure que la jeunesse s'éloignait, ses idées noires augmentaient beaucoup ; à partir de 1760, elles prirent un caractère tout à fait aigu. La marquise craignait toujours un abandon possible de la part du roi ; cette idée la hantait et la torturait. Elle s'avisa un jour de consulter une sorcière, ce qui était fort de mode à cette époque.