CHAPITRE NEUVIÈME
d'obtenir un appartement dans le château de Chambord et de passer souvent des soirées entières à Versailles en tiers avec le roi et la favorite.
On ne savait pas d où cet homme si riche, si extraordinaire, était sorti» Mais le roi le traitait avec beaucoup de considération et ne souffrait pas > qu'on en parlât avec mépris ou raillerie.
fs Quand il venait à Paris^ n ditGleichen, « tout le monde courait après lui; jamais homme de sa sorte n'a eu ce talent d^ex citer la curiosité et de manier la crédulité de ceux qui Tentouraient. Il savait doser le merveilleux de ses récits suivant la réceptibilité de son auditeur; quand il racontait à une bête un fait du temps de Charles-Quint ^ il lui confiait tout ciument qu^ily avait assisté; ci qu^nd il parlait à quelqu'un de moins crédule, il se contentait de peindre les plus petites circonstances, les mines et les gestes des interlocuteurs ; on avait rimpression d^entendre un homme qui avait réellement été présent. « Ces bêtes de Parisiens, i> me dit-il un jour, « croient que j ai 500 ans, et je les tt confirme dans cette idée puisque je vois que it cela leur fait tant de plaisir; ce n'est pas que je « ne sois infiniment plus vieux que je ne parais, d
Q( Il possédait des pierreries merveilleuses, des
diamants énormes; mais on n'a jamais su s'ils étaient vrais ou faux, IL avait, disait^l, le secret de faire disparaître les taches des diamants, de savoir faire grossir les perles et leur donner le plus bel orient.
« Il vivait d*un grand régime, ne bavait jamais en mangeant, se purgeait avec des follicules de séné qu'il arrangeait lui-même, et voità tout ce qu'il conseillait à ses amis qui le consultaient pour savoir ce qu*îl fallait faire pour vivre longtemps, n
Le comte de Saint-Germain n*était pas seulement bien accueilli et souvent consulté par Mme de Pompadour, il avait encore accès dans les meilleures familles de la cour, et en particulier chez le premier ministre, Mme de Choiseul, qui l'avait connu chez Mme de Pompadour, le recevait souvent et ne dédaignait pas ses conseils; malheureusement, Saint-Germain s'avisa de faire de !a politique I et ce fut sa perte. Dès lors» Choiseul le vit de fort mauvais œil.
Un soir à souper, en présence de plusieurs convi%^es, parmi lesquels se trouvait le baron de Gleî chen, le duc demanda brusquement à sa femme pourquoi elle ne buvait pas ; elle lui répondit qu'elle pratiquait j ainsi que Gleichen^ le régime de M. de