CHAPITRE NEUVIÈME
de la consoler, de lui rendre un peu de courage; Mme de Choiseul, de son côté, faisait également tous ses efforts pour l'égayer, la distraire; elle éprouvait pour elle le plus tendre attachement et ne restait plus un jour sans aller la voir et passer de longues heures avec elle.
Cependant, en décembre 1763, Mme dePompadour tombe assez sérieusement malade. L'émoi de la duchesse est profond; mais ce n'est heureusement qu'une alerte, a Ne me plaignez pas, ma chère enfant, écrit-elle à Mme du Deffand, mais réjouissez-vous avec moi. Mme de Pompadour est enfin hors d'affaire. Je nage dans la joie. »
Malheureusement les espérances qu'avaient fait naître une amélioration passagère ne furent que de courte durée. En mars 1764, pendant un voyage à Choisy, la maladie reprit de plus belle. La marquise fut saisie d'un si fort mal de tête qu'elle fut obligée de prendre le bras de Champlost (i) pour regagner son appartement; elle souffrait si cruellement qu'elle ne savait plus où elle était.
D'abord on crut encore à une simple indisposition; Mme de Choiseul elle-même s'y trompa
(i) Valet de chambre du roi.
2o6 DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
complètemeat. Elle écrit à Mme du DcïfîaTid : « Vous ne m'effrayez pas par vos noirs pressentiments, parce que les médecins et mes yeux me rassurent plus que vous ne m 'alarmez. Mme de Pompadour a dormi cinq heures cette nuit (dans un fauteuil j il est vrai, parce que le Ht l'étouffé) , mEQs elle se trouve si bien qu'elle essayera le lit ce soir; elle ne tousse presque plus, la respiration est libre. Depuis qu'elle est dans un fauteuil , il n'y a plus de redoublement, et la fièvre est si légère que les médecins disent qu'ils ne seraient pas étonnés qu'il n^y en eût plus demain ou après-demain, » Le mieux s 'étant affirmé, la marquii^e fut ramenée à Versailles, mais c'était une fausse convalescence. Longtemps la duchesse chercha à se leurrer sur l'état de son amie.
m Mme de Pompadour a eu beaucoup de toux et assez de fièvre cette nuitj ma chère enfant. Cependant on assure qu'il n'y a aucun danger à son état; mais je suis inquiète parce que je l'aime; et comment ne raimerais-je pas? Vous savez ce que je vous en ai dit hier. Je joins pour elle l'estime à la reconnaissance. Croyez «vous, d'après cela^ qu'elle ait à la cour une meilleure amie que moi. lï