CHAPITRE NEUVIÈME
Cependant une fièvre maligne se déclara. Dès lors les inquiétudes furent extrêmes. Choiseul, la duchesse, Mme de Gramont, M. de Gontaut, qui tous étaient profondément attachés à la malade, vivaient dans une cruelle anxiété. Bientôt il ne fut plus possible de se faire d^illusion sur l'issue fatale qui allait se produire.
La marquise, qui avait conservé toute sa présence d'esprit, attendit la mort avec un calme et une physionomie souriante dont cette époque nous a laissé de fréquents exemples. Elle reçut les derniers secours de la religion simplement et sans pusillanimité. Le matin de sa mort, elle se fit apporter son testament, dont deux fois elle s'était déjà occupée, en 1757 et en 1761, et elle le relut avec la plus grande attention. Puis elle déclara qu'elle voulait laisser des souvenirs à quelques amis particuliers, à ceux qu'elle avait le plus aimés.
Comme elle n'avait plus la force de tenir une plume, elle dicta à son intendant le codicille suivant :
a Ma volonté est de donner comme marque d'amitié, pour les faire ressouvenir de moi, aux personnes suivantes :
ao8 DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
a A Mme la duchesse de ChoiseuJ, one boîte d'argent garnie de diamants;
« A M nie la duchesse de Gramont, une boîte avec un papillon de diamants ;
(c A M, le duc de Gontaut, une alliance couleur de rose et blanche de diamants, enlacée d'un nœud vert, et une boîte de cornaline qu'il a toujours beaucoup aimée ;
« A M. le duc de Choiseul, un diamant couleur d'aigue-marine et une boîte noire piquée à pans et gobelet. »
Mme de Pompadour mourut le dimanche 1 5 avril 1764, âgée de quarante-deux ans et demi.
Cheverny donne sur les circonstances qui accompagnèrent cette fin prématurée des détails navrants et de nature à inspirer de mélancoliques réflexions. Une loi stricte interdisait de façon absolue de laisser séjourner un cadavre dans une demeure royale, rien n'y devant rappeler la fin de la vie humaine. Cette défense, quelque barbare qu'elle fût^ fut appliquée sans miséricorde aux restes de celle qui peu de jours auparavant voyait la France entière à ses pieds.
Le corps de la pauvre femme n'était pas encore refroidi qu'il fut jeté nu sur une civière, puis J
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