‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 112 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

vert d'un drap si succinct m que la forme de la têtCi des seins^ du ventre et des jambes » se prononçait très distinctement* C'est dans « cet étrange équipage » que la dépouille mortelle de la marquise de Pompadour fut transportée par deux hommes de peine à travers les cours du château et les rues de V^ersailles et déposée, en attendant les funérailles, dans un hôtel particulier de la ville. La duchesse de Praslin, qui, d'une fenêtre du château^ vit passer cette sinistre civière j fut saisie d'horreur et éclata en sanglots (i).

Le roi prit sur lui comme d'habitude et laissa peuparaître ses sentiments intimes, mais il éprouva cependant, quoi qu'on en ait dit, une véritable douleur.

Le duc et la duchesse de Choiseul ne cachèrent pas le chagrin profond qu?ils éprouvaient . Leur porte fut fermée pendant plusieurs jours. La duchesse fit demander à M. de Marigny le petit chien de la marquise, qu'elle souhaitait garder en souvenir de son « amie » ; le comte ne le refusa pas, mais, vilain

(i) Quand le maréchal de Belle-Isle mourut à Versailles dans un des appartements du château, on le transporta jusqu'à son hôtel sur une civière, couvert à peine d'une misérable couverture i les porteurs riaient et chantaient.

comme toujours dans ses procédés, il eut soin d'enlever au chien son collier, parce qu'il était en argent.

M. de Gontaut, qui perdait dans la favorite une amie fidèle et véritable, une amie éprouvée, fut longtemps inconsolable.

Ce ne furent pas seulement ses amis particuliers que la mort de Mme de Pompadour troubla proFoïidément : toute la cour fut bouleversée par cet événement inattendu.

Qu'allait devenir le roi? de quel côté allait-il se tourner?

Il n'y eut d'abord aucun changement ; on accorda deux soirées seulement à une solitude de convenance, et dès le troisième jour, après avoir chassé à Rambouillet, le roi remonta dans Tappartement de Mme de Pompadour. La chambre était ia même, le lit seul en avait été enlevé. Il y trouva Mme de Gramont, Mme de Beauvau, MM. de Choiseul, Chauvelin^ Soubise et les autres personnes de sa société particulière. Le nom de celle qui avait occupé cet appartement pendant dix-huit ans et qui y avait introduit tout ce qui composait l'intérieur du roi n'y fut pas même prononcé. Les soupers des petits appartements tinrent comme autrefois ^ et

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