CHAPITRE NEUVIÈME
Confiants dans le nombre et la puissance de leurs partisans, les jésuites refusèrent de prêter le serment que le gouvernement exigeait d'eux. En réponse à cette rébellion, l'ordre fut supprimé et tous ses membres expulsés de France (i).
On accusa Choîseul du renvoi des jésuites ; ce n'était pas exact. Il ne prit parti contre la célèbre Société que quand le Parlement eut déjà engagé les hostilités contre elle.
Les jésuites, du reste^ le détestaient depuis son séjour à Rome, Lorsqu'il avait été nommé ambassadeur à Vienne, ils répandirent des doutes sur sa religion. Lorsqu'il fut appelé au ministère, ils disaient tout haut que la religion était perdue en France. A partir de cette époque, ils ne négligèrent aucun moyen pour l'attaquer, et ils le poursuivirent d'une haine acharnée.
La Société de Jésus avait à la cour des amis puissants; la reine et le dauphin en particulier
(i) Les jésuites avaient été chassés de Russie en 1719, En 1764^ ils furent également chassés d'Espagne par Charles III. Leur expulsion eut Heu avec tant de facilité que l'envoyé de Danemark disait dans. un salon ! » Je vois que Tart de se défaire des jésuites se perfectionne tous les jours. » En 1773, Clément XIV prononça la suppression complète de la Société. En 18 14, Pie VII révoqua la bulle de Clément XIV.
214 DUC ET DUCHESSE DE CHOISJ-IUL
subissaient entièrement sa domination, et ils firent des efforts désespérés pour la sauver. Mais ce fut en vain. Non seulement la mesure prise contre les jésuites fut mise à exécution, mais on agit avec eux sans ménagement ni pitié.
L'exil de cet ordre redoutable souleva contre Choisenl des inimitiés terribles; la haine de ses ennemis se déchaîna et tout fut mis en œuvre pour renverser le ministre détesté. On imagina de lancer ta candidature de la comtesse d^Esparbès pour remplacer Mme de Pompadour; la comtesse avait les plus belles mains du monde, et le roij qui se pâmait d*aise quand il la voyait éplucher des cerises, ne cachait plus le goût quUl éprouvait pour elle. Au commencement de 1765, tout faisait prévoir que la comtesse allait arriver au but de ses efforts et obtenir la place de favorite.
En attendant, elle menait une campagne des plus vives contre Choiseul ; elle écrivait au roi lettres sur lettres pour lui dénoncer les prétendus agissements du duc, et la coterie qui Tentouraît ne négligeait aucun moyen pour noircir le premier ministre et le compromettre (i),
(l) Le duc de La Vauguyoo et Mme de Marsati étaient à ta tête de la cabale, Choiseul écrivait : « Ils n'ignoraient