‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 116 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

« .,, De bien bonne foi^ sire, je ne suis point attaché au tourment des places que j'occupe, mais je le suis infiniment à vous plaire dans toutes les situations, Otez-moi, sire, la seule crainte que je me connaisse, qui est que Ton soit parvenu à vous donner des impressions défavorables sur mon compte; si vous avez encore cette bonté et cette justice, alors }*ai tout le courage nécessaire pour exécuter vos ordres, sans être tourmenté des rapports que Ton me fait journellement et des inquiétudes sensibles que j'éprouve. Je Ta voue à Votre Majestéi mon esprit et mon cœur ont été blessés depuis un an, ils ne peuvent être guéris que par Elle,,, (i), »

Cette lettre était accompagnée d'un long mémoire où Choiseul rappelait, non sans fierté, tous les actes de son ministère et les mobiles qui Ta valent fait agir; il exposait la situation des différents départements lorsqu'il avait pris le pouvoir, les changements qu'il y avait introduits et la situation dans laquelle il les laissait. Enfin il terminait non pas par l'apologie de sa conduite, les faits parlaient pour lui, mais par un exposé plein

(t) -Revue de Paris ^ 182g,

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de déférerice dans la forme, plein de hauteur dans le fond, sur ses sentiments intimes, sur les mobiles de sa conduite, sur l'écœurement qu'il éprouvait et qui ne permettait pas à un homme d'honneur de rester plus longtemps en place,

11 rappelait d'abord qu'il n'avait accepté le pouvoir qu*à contre-cœur,

a En entrant dans le ministère de Votre Majesté, je lui protestai, et avec vérité ^ que l'emploi qu'elle me forçait d'accepter était très étranger à mon éducation, au genre de vie que j'avais mené et aux goûts que mon caractère et mes passions m'inspiraient. Je représentai alors que j^avais pu gêner ma liberté pour mettre à profit quelques talents dans les ambassades, mais que j'aurais bien de la peine à Tas servir aux sérieuses et continues occupations d'un ministère. Je méprisais autant par principe que par caractère les intrigues de la cour, et je prévoyais que je serais le dernier à rien apercevoir quand elles seraient contre moi. Enfin je n'acceptai ce triste et pénible emploi qu'avec ^assurance, que Votre Majesté voulut bien me donner, qu'Elle me permettrait de le quitter à la paix; et, quoique chaque membre de l'administration dise communément que c'est par

pure obéissance qu'il est dans le ministère i il est de fait, sire, que j'ai été ministre sans y songer, et en obéissant aux ordres de mon maître et de mon bienfaiteur. »

Puis le ministre passe en revue tout ce dont on l'accuse ; tous les griefs que Ton fait valoir pour ratt^quer auprès du roi* On lui reproche d'avoir travaillé à renvoyer les jésuites et de soutenir les démarches et les prétentions des parlements. Le roi mieux que personne sait que tout cela est faux.

a De près ou de loin , en public ni en particulier, je n*ai fait aucune démarche sur ces objets, ni n*ai eu d'autres idées que celles que Votre Majesté m'a vues dans son Conseil, lorsqu*Elle m'a demandé mon avis. Outre qu'il serait plus qu'audessous de moi d*agir différemment de ce que j'ai dit au Conseil, les ennemis qui mVccusent auraient trouvé des faits à citer contre moi» si mes actions ne correspondaient pas avec mes paroles. »

On reproche au duc d'être léger. La réponse est facile.

« Malheureusement pour moi, sire, je ne suis pas long à réfléchir, et je suis très prompt à exécuter, ce qui me donne le démérite, devant les gens

pesants, d'être léger. Je ne mets point de légèreté dans mes principes et dans Thonnêteté que je professe : dans mes formes il peut y en avoir. »

On lui reproche sa dissipation, le peu de temps qu'il consacre aux affaires*

« Quand Votre Majesté m/a choisi pour entrer dans le ministère, je lui ai promis que j'emploierais le peu d'esprit, de ressources qui étaient en moi et toute ma fidélité à son service, mais je ne lui ai pas promis que j'abandonnerais le goût que j'ai pour le plaisir, ni que je serais sans défauts... Je ne suis dissipé que quand je n'ai rien à faîre^ c'est l'affaire de ma santé et de ma force. 11 me semble que jamais mes plaisirs n'ont retardé mes devoirs; je ne mêle point l'un avec l'autre; j'ai simplement et naturellement l'attention que la dissipation ne nuise point aux devoirs. On ne peut pas dire sérieusement que je ne travaille pas; j'emploie huit heures par jour âmes départements. Le travail des affaires étrangères, tant que je les ai eues, est presque tout de ma main,.. 11 ne se fait rien dans les départements sans mon examen et sans mon approbation. Si je travaillais davantage, je m'appesantirais et je travaillerais mal, » .lOn reproche à Choiseul de ne pas avoir assez

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