‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 117 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

de dévotion, certains diront même assez de religion.

« Il est difficile de m*attaquer positivement sur cette matière sérieuse, écrit-il, car je n'en parle jamais. Mais, dans la forme, j'observe exactement la décence et, dans les affaires, j'ai pour principe le soutien de la religion. Votre Majesté l'aura pu observer dans les occasions. »

Ce qui indigne le plus vivement Choiseul, c'est que le roi écoute les délations d'êtres méprisables et indignes de confiance.

« Je sais que Mme d'Esparbès et que quelques autres ont écrit contre moi à Votre Majesté. Je ne doute pas qu'Elle ne permette qu'on lui écrive contre les ministres. Elle fait même plus, Elle autorise cette espèce de délation, humiliante pour les gens d'honneur qui la servent et très pernicieuse pour le bien de son service. »

C'est là la plaie de la situation actuelle, et le duc en parle avec dignité et hauteur; il fait en même temps une satire amère du double jeu imaginé par le roi et de son système de délations secrètes.

« Votre Majesté n'a de confiance que pour le détail des places en ceux qui en sont chargés :

Elle n^en a pas dans leur personne. Je doute qu'une aussi grande machine à gouverner que celle du royaume de France puisse bien aller sans une confiance réciproque et entière du maître aux serviteurs, La méfiance de Votre Majesté provient des délations qu'Elle laisse approcher d'EUe. De bonne foi^ sire, pouvez-vous croire qu'un maréchal de Richelieu, une d'Esparbès, un Bertin, un Damicourt, un vil abbé de Broglie, soient des sujets dont les opinions puissent altérer la confiance que vos ministres méritent? N'est-ce pas à vous seul à juger de mes travaux? Vous êtes on ne peut plus capable d'en juger; mais, quand nous savons que ces espèces méprisables ont la liberté de vous écrire sur nous, le dégoût s^empare de nos esprits. Vous nWez plus de confiance en nousj nous n'en avons plus dans vos bontés et dans votre estime, nos âmes sont flétries, Pactivité se perd ; chacun songe aux moyens de se retirer d'un emploi vilipendé et mesuré par de bas intrigants; votre service souffre; Thonneur est attaqué en vous servant^ sire, et n'est pas vengé par Votre Majesté. De là l'on croit tous les rapports que l'on vient faire chaque jour; vous ne recevez pas une lettre qu'on ne la rapporte comme

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