‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 12 sur 244 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

prononcer la sentence qui donnait gain de cause à la partie adverse et les ruinait. Pendant qu'on lisait cette sentence, M. de Stain ville dit tout bas à M. de Gontaut : € Mon frère, croyez-vous que Mme Rossignol vous aime?... » et tous deux de partir d'un éclat de rire dont l'assistance fut fort étonnée.

Heureusement pour M. de Stainville, un arrêt de la grande chambre réforma le jugement et lui rendit les biens de sa femme.

Avant de poursuivre le cours de notre récit, il nous faut faire un rapide portrait des deux êtres que des arrangements de fortune et de famille viennent d'unir pour leur vie entière.

Le comte de Stainville quitta en 1757 le nom sous lequel il était connu pour reprendre celui de Choiseul. Afin d'éviter toute confusion, nous lui donnerons dès aujourd'hui le nom sous lequel il est resté célèbre. Pour la même raison, nous lui donnerons également le titre de duc, qu'il n'obtint qu'en 1757.

Choiseul est une des figures les plus sympathiques du dix-huitième siècle. Mieux qu'aucun autre peut-être il a personnifié son temps et son époque ; mais s'il en possédait au plus haut degré les

qualités aimables, il en a eu aussi tous les défauts.

« Bon, noble, franc, généreuic, galant, magni» fique, libéral^ fier, audacieux, bouillant et emporté même, le ducdeChoiseul, dit le baron de Gleichen, rappelait l'idée des anciens cbevaliers français. » ^ D'une taille médiocre, avec des cheveux presque roux et une figure plutôt laide p il avait cependant Tabord le plus aimable, et son aspect seul prévenait en sa faveur. Ses petits yeux bouillaient d'esprit ; son nez au vent lui donnait un air plai* sant, et ses grosses lèvres riantes annonçaient la gaieté de ses propos* Son esprit, sa verve étincelante, le rendaient irrésistible.

Personne n*a possédé au même degré que lui Part de séduire : un maintien ouvert, des façons nobles, pleines de grâce, lui gagnaient tous les cœurs. « Il est aussi charmant que jamais, écrit Mme du Deffand; il n'y a plus que lui en qui on trouve de la grâce, de l'agrément et de la gaieté; hors lui, tout est sot, extravagant ou pédant, »

Il avait un charme inconcevable dans la conversation et des ressources prodigieuses dans l'esprit ; mais il aimait le persiflage et passait pour mordant. On prétend même que Gresset l'avait eu ea vue en traçant le portrait du Méchant.

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