‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 13 sur 244 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Si le duc est une des figures les plus sympathiques de son siècle, la duchesse de Choiseul en est assurément la plus séduisante. Quand il s'agit d'elle, on ne trouve chez les contemporains qu'un sentiment unanime d'admiration et de respect; il n'y a pas une voix discordante. « Il est fâcheux qu'elle soit un ange, écrit Mme du Deffand, j'aimerais mieux qu'elle fut une femme; mais elle n'a que des vertus, pas une faiblesse, pas un défaut. » a Elle est le type le plus accompli de son sexe, dit Walpole, elle a plus de bon sens et plus de vertu que presque aucune créature humaine. »

Sans être régulièrement jolie, elle avait de beaux yeux, une figure pleine d'expression et de charme, un son de voix d'une douceur infinie. De petite taille, mais très bien faite, elle présentait l'ensemble le plus harmonieux et formait un type d'une grâce incomparable.

Ses qualités intellectuelles et morales ne le cédaient en rien à ses qualités physiques. C'est à elle, à elle seule, qu'elle les devait; sa mère, se conformant aux usages de l'époque, la laissa à des soins mercenaires et ne s'en occupa jamais. La seule instruction qu'elle se rappelait avoir reçue d'elle était celle-ci : € Ma fille, n'ayez pas

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de goûts. » C'était vraiment un peu trop succinct.

a On croit, disait Mme de Choiseul, que ma première éducation a été excellente parce que ma mère était une femme d'esprit... La vérité est qu'elle a été complètement nulle, et c'est peut-être encore ce qu'elle a eu de mieux, car au moins ne m'a-t-on pas donné les erreurs des autres. Si j'ai acquis quelque chose, je ne le dois ni aux préceptes, ni aux livres, mais à quelques disgrâces. Peut-être l'école du malheur est-elle la meilleure de toutes, quand ces malheurs ne sont pas de nature à avilir l'âme, ou que l'âme n'est pas de nature à être avilie. »

Livrée à elle-même dès son enfance, la jeune fille acquit en effet une expérience précoce qui devait la vieillir avant l'âge et lui faire perdre bien vite toutes ses illusions. Elle l'avoue avec ce charme mélancolique qui lui est familier : a Je n'ai jamais eu de la jeunesse, écrit-elle tristement, que cette heureuse duperie qu'on m'a si tôt et si inhumainement enlevée. »

Elle avait formé son esprit en même temps que son cœur et, malgré sa modestie, on découvrait bien vite la variété et l'étendue de ses connaissances. Douée d'une remarquable promptitude de

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