‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 128 sur 244 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

peut parler de lui avec Mme de Choiseul, qui, elle aussi, le tient en grande estime. Il est bien souvent le sujet de leurs entretiens, et dès qu'elles sont seules elles ne cessent de chanter ses louanges et de pleurer son absence.

Mme du Deffand n'est pas jalouse ; elle fait même tous ses efforts pour faire partner à son amie l'enthousiasme qu'elle éprouve. Elle joue le même rôle du côté de Walpole ; elle lui parle sans cesse de la duchesse, la comble d'éloges ; elle veut à tout prix la faire connaître, la faire aimer, la faire apprécier comme elle le mérite de ce juge sévère.

Elle établit un parallèle entre elle et la du* chesse et analyse très finement leurs mérites réciproques.

a Je trouve des rapports infinis entre sa façon de penser et la mienne, écrit-elle; elle enfile une plus profonde métaphysique que moi, parce que son esprit a plus de force, qu'elle se plaît à l'exercer, mais nos sentiments sont les mêmes ; elle en veut découvrir la source, le germe, et moi, je ne suis pas si curieuse; je m'en tiens aux effets, j* (20 février 1767.)

Un autre jour, elle écrit encore :

fl Je suis convaincue que je vous plairais bien

moins si j'étais exempte de défauts; j'en juge par la grand'maman; je raimerais bien mieux si, avec toutes ses vertus, elle avait quelques faiblesses; elle s'est trop perfectionnée elle-même; toutes les qualités qu'on acquiert ne sont pas daussi grand prix que les premiers mouvements. » (20 janvier 1767.)

Dans son désir d'amener une intimité véritable entre ces deux amis si chers | la marquise envoie à Walpole un portrait de la duchesse qu'elle vient de composer ( i ) .

w J'imagine que vous en serez content, lui ditelle, quoique je n'aie point un style original comme vous ; ce que j'écris est sans feu et sans vie, mon style sent rimagination ; s'il est assez correct, ce dont je doute fort, il est lâche et froid, je le sais bien. »

Walpole répond par mille compliments des plus aimables et pour Tauteur du portrait et pour l'original^ mais il laisse échapper une phrase assez maladroite, phrase que Mme du Deffand relève bien vite et qui l'empêchera de communiquer la lettre à la duchesse.

(0 Voir p. 233.

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