CHAPITRE DIXIÈME
« Pourquoi dites-vous qu'on ne peut pas en devenir amoureux? Il n V a pas de femme qui avant quarante ans puisse s'accommoder de cette manière d'être louée. Vous me direz à cela de corriger cette phrase, mais vous avez un pinceau qui ne souffre pas que d'autres y joignent le leur; c'est comme si Coypel, que je suis, avait voulu changer quelques traits de Raphaël, que vous êtes! »
Mme du Defîand et Mme de Choiseul ne perdent pas une occasion de chercher à être agréable, à faire leur cour à Walpole. Celui-ci ayant écrit une lettre très mordante à Hume au sujet de Rousseau, Fréron, dans l'Année liiiérairet le prend à partie vivement (i), A cette lecttire, grande indignation dans tout le petit cénacle du salon de Saint- Joseph, grand émoi de la marquise et de ses amis* tt Oh! vraiment oui, écrit -elle, M, et Mme de Choiseul ont été dans une belle colère contre
(i) Fréron avait écrit simplement:
H Mais ce que j'ai peine à concevoir, c'est ce que M, Rousseau a pu faire pour mériter que M. Walpole ait pris plaisir a Foutrager par sa lettre du roi de Prusse, je ne vois dans cette plaisanterie que beaucoup d'extravagance et de malice^ dont M» Walpole a le front de chercher à se justifier par une nouvelle satire qui paraît encore plus condamnable que la première. » Il n'y a\ ait pas là de quoi motiver une si vive indignation contre Fréron.
Fréron, et je vous enverrai ces jours-ci la réparation de ce petit faquin, qui lui a été dictée par la grand'maman (i), a
Mais Walpole a sur la presse et sur la liberté d'écrire les idées anglaises; loin de remercier ses amies de leur zèle, il en montre beaucoup de mauvaise humeur.
« Cette affaire ne laisse pas de me fâcher, écrit -il. Nous aimons tant la liberté de rimprimerie que j'aimerais mieux en être maltraité que de la supprimer,.. Je ne sais ce que Fréron a dit, je ne m'en soucie pas. C'est ma règle constante de ne jamais faire réponse à des libelles,
(i) Vûîci la réparation imposée au malheureux Fréron : « A propos de ce fameux démêlé, il m'est revenu, monsieur, qoe des amis respectables que M. Walpole a conservés en France avaient été offensés d'un article de mes feuilles, dans lequel il se trouve contre lui quelques traits à la vérité trop vifs. On m'a même soupçonné d'avoir fait cet article» que j'ai donné comme traduit de l'anglais. Je déclare que c'est une traduction réelle d'un écrit anglais inséré dans le Saint-James Ckromcle... L'impartialité que j'ai montrée lorsque j'ai rendu compte pour la première fois de cette con* testation prouve que je n'avais aucun intérêt de rien écrire qui pût blesser surtout M. Walpole, que je n*ai pas Thonnenr de connaître, et qui, par son nom seul, mérite des égards et qui, je le sais, par ses qualités personnelles, jouit de la plus grande considération dans sa patrie et dans tous les pays où il a voyagé.,» » {Ajtjiêe littéraire, 1767.)