CHAPITRE DIXIÈME
et je serais au désespoir qu*on crût que je me fusse intéressé à attirer des réprimandes à ces gens-là. »
Bien que Walpole montre peu d*empressement à entrer en relations plus intimes avec Mme de Choiseul, la marquise ne se lasse pas, et elle ne néglige aucun moyen, même pas la flatterie, pour amener le rapprochement qu*elle désire. Dans presque toutes ses lettres, elle revient sur l'inclination qui devrait exister entre eux.
« La grand'maman a un goût infini pour vous, et vous serez ingrat si vous ne lui marquez pas de l'empressement et de l'amitié ; elle est aujourd'hui la seule personne qui en soit digne. » Et encore : « Je serais bien étonnée si, en la voyant un peu plus souvent, vous ne vous en accommodiez pas extrêmement. Elle ne souffre pas que rien vous soit comparé. »
Elle voudrait voir s'établir une correspondance régulière entre ses amis, ils en auraient tous deux beaucoup d'agrément, et elle incite Walpole de toutes manières à faire les premiers pas.
« Vous devriez lui écrire ; je ne puis douter qu'elle n'ait véritablement de l'amitié pour vous, une parfaite estime, un véritable goût. Ne vous
en faites point une tâche ^ ne mettez pas plus de recherche que quand vous m^écrivez, et laissezvous aller à votre sensibilité naturelle; elle n'a pas plus de répugnance que moi pour tout ce qui part du sentiment. Sentiment! ce mot vous semble ridicule; eh bien, moi, je vous soutiens que, sans le sentiment, Tesprit n"est rien qu'une vapeur, qu^une fumée ! »
Mais les efforts de Mme du Deffand restent stériles; Walpole, soit paresse, soit ennui, ne se décide pas.
La duchesse, de son coté, goûte fort le séduisant Anglais et apprécie à sa valeur la bonne opinion qu'il a sur elle, mais elle ne montre pas non plus un grand empressement à entrer en relations épistolaires avec Strawberry Hill; de sa part c'est pure timidité, sentiment de son infériorité et de la difficulté qu'elle éprouverait à s'élever jusqu'à la hauteur de ce redoutable correspondant*
a II dit en six lignes ce que je dis en douze pages j et par conséquent il le dit bien, et moi très mal; c'est le charme du mot propre qui renferme la finesse et la profondeur; la finesse, qui laisse apercevoir tous les rapports directs; la profondeuFi qui découvre les plus éloignés; ce mot