CHAPITRE ONZIÈME
un goût sûr, une longue expérience de la cour et du monde^ donnèrent à la maréchale la situation qu'elle ambitionnait, et elle s'établit bientôt arbitre souveraine des bienséances et du bon ton. En 1760, une présentation à la cour ne suffisait pas pour être du monde, il fallait encore être agréé par Mme de Luxembourg. Ainsi se trouvait justifié ce joli mot du prince de Ligne : à une dame qui lui demandait de qui dépendent les réputations, il répondait : « Presque toujours des gens qui n*en ont pas. »
Walpole fait une plaisante allusion aux diverses transformations de la maréchale lorsqu'il écrit : i Elle a été fort belle, fort galante et fort méchante ; sa beauté s^en est allée, ses amants aussi, et elle croit à présent que c'est le diable qui va venir. Cet afîaissc;jiient moral Ta adoucie jusqu'à la rendre agréable j car elle est spirituelle et bien élevée, »
Sa petite-fille, Amélie de Bouf fiers, était née le 5 mai 1751 ; elle n'avait donc en 1763 guère plus de douze ans. C'était une enfant, mais on la disait douée des qualités les plus exquises, on célébrait à l'envi son caractère charmant et sa nature angé- Uque. M. de Gontaut trouva, non sans raison, qu'il était difficile de rencontrer à la fois un plus grand parti, une plus belle fortune, de plus rares qualités ;
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il vit là pour son fils une alliance brillante et qui réunissait toot ce qu'on pouvait souhaiter.
Bien entendu le mariage fut décidé sans que les jeunes gens eussent été consultés.
Mais Lauzun, dès qu*il fut informé des projets de son père, montra, pour s*y conformer, une véri-| table répugnance. Il avait en ce moment une intrigue amoureuse avec Mme de Stain ville, la propre belle-sœur du duc de Choiseul, et l'idée d'aliéner si peu que ce soit sa liberté lui était particulièrement odieuse. Il demanda un répit de deux ans qui lui fut accordé.
Deux ans après jour pour jour, c'est-à-dire en 1766, M- de Gontaut mit son fils en demeure de s'exécuter, Lauzun, qui s'était imaginé que ces deux années ne finiraient jamais, fut assez désagréablement surpris, mais, esclave de sa parole et de la volonté paternelle, il se déclara prêt à épouser ' Amélie de Bouffi ers.
La marécbale donna en Thonneur du contrat de sa petite-fiile une fête magnifique où toutes les dames de la cour rivalisèrent de luxe et de beauté. Mme de Choîseul l'emporta sur toutes ses rivales, et sa toilette obtint les suffrages unanimes. Elle portait une robe de satin bleu, toute couverte de