CHAPITRE ONZIÈME
broderies en mosaïque, de faux diamants et d*or ;
dans chaque diamant se trouvait une étoile d'argent bordée d'or et entourée de paillettes du même genre; un double rang de martre zibeline, entremêlée de nœuds et de glands d'or^ servait encore à rehausser l'éclat de ce riche vêtement; la tête, le cou, la poitrine et les bras de la duchesse resplendissaient de diamants.
Le mariage fut célébré le mardi 4 février 1766, dans la chapelle de Thôtel de Luxembourg, 16, rue Saint-Marc. L'heureux époux était âgé de près de dix-neuf ans, Mlle de Bouffi ers n'en avait pas encore quinze* Tout ce que la cour comptait de plus grand et de plus illustre assistait à la cérémonie.
Le soiTj un grand dîner réunit la famille chez Mme de Choiseul ; tout le monde par ai s s ait joyeux, sauf le principal intéressé, dont la mine allongée et soucieuse frappait les moins clairvoyants. Quant au duc de Gontaut, il exultait.
Comment Lauzun resta-t-il indifférent à tant de charme, insensible à tant de candeur et de beauté ? C'est que la jeune femme, bien que charmante en effet, n'était encore qu'une enfant timide et embarrassée et qu'elle n'avait rien de ce qu'il fallait
26o DUC ET DUCHESSE DE CH01SEUL
pour plaire à un jeune seigneur déjà blasé et perverti par les mœurs de la cour.
Lauzun cependant s'efforça d'agir avec convenance vis-à-vis de sa jeune femme, et il chercîia à lui témoigner les égards d^un galant homme. 11 était trop juste pour exiger du goût d'une femme qui ne lui en inspirait pas ; il entendait naturellement garder sa liberté, mais il ne croyait pas que ses désirs fussent incompatibles avec une intimité relative et d'amicales relations. Malheureusement Amélie de Lauzun, craintive et pleine d'inexpé^ rien ce, s'effraya, s'éloigna, et dès les premiers jours le ménage parut tourner au plus mal.
Peu de temps après son mariage, la jeune duchesse de Lauzun soupait en petit comité chez sa tante de Choiseul; il n'y avait là que quelques intimes : Mme du Deffand, Tabbé Barthélémy, le docteur Gatti; quant au mari, naturellement il était déjà absent. Mme du Deffand a tracé de la jeune femme un crayon quelque peu mordant mais non dépourvu de vraisemblance. « Nous dînâmes tous les cinq, dit-elle; le docteur et la petite femme s'allèrent coucher de bonne heure : le docteur ne manque pas d'esprit; la petite femme est un petit oiseau qui n*a encore appris aucun des airs qu'on lui