CHAPITRE ONZIÈME
siffle; elle fait de petits sons qui n-aboutissent à rien, mais comme son plumage est joli on Tadmire, on lu loue sans cesse ; sa timidité plaît, son petit air eiïarouché intéresse; mais moi, je n'en augure pas trop bien. »
On devine quel maigre régal ce devait être pour Lauzun que ce petit oiseau qu'on éduquait à l'instar des merles. Il s'empressa de reprendre son intrigue avec Mme de Stainville.
Peu de temps après le mariage de son neveu, Mme de Choiseul fit ses préparatifs pour aller passer le printemps et Tété à Chanteloup.
A partir de Tannée 1766, en effet, elle prend rhabitude de quitter Paris de très bonne heure et d'aller s*installerdans cette propriété qu'elle vient d'acheter et pour laquelle elle éprouve de jour en jour un goût plus viL Elle y reste jusqu'en juillet, puis elle se rend à Compiègne et à Fontainebleau pour faire sa cour au roi. Elle ne réside plus à Paris que pendant quelques mois d'hiver* Dès lors sa vie est absolument réglée, et elle refait les mêmes déplacements tous les ans à la même époque.
Du reste elle avait grand besoin de la campagne car la vie agitée de Versailles et de Paris ne convenait guère à sa santé toujours assez frêle, et ce
û6m duc et duchesse de choiseul
n'est qu'à Chanteloup qu'elle pouvait trouver un peu de repos. C'est là qu'elle se plaisait, au milieu des soins d^une vie champêtre et de ses braves paysans, qui Tadoraient et qu'elle comblait de bienfaits-
Son départ laissa un grand vide dans le cœur de son amie, et pour atténuer dans la mesure du possible les rigueurs de Fabsence, ces deux dames av£Ûent recours à une correspondance fréquente.
Mme du Defïand ne gardait pas toujours pour elle les jolies lettres qu'elle recevait de Chanteloup; souvent elle en faisait lecture aux habitués de son salon ^ souvent aussi elle les communiquait à Walpole. Un jour^ après la lecture d'une de ces missives, il se borne à dire qu^il y a des lumières dans la lettre de la duchesse. Le mot, imprudemment répété, ne plaît pas trop à Chanteloup.
a Quoij répond Mme de Choiseul^ M, Walpole trouve qu'il y a des lumières dans ma lettre î Oh 1 je ne suis plus étonnée qu'il ne m'écrive pas j il n^ a rien de si ennuyeux que les lumières f les lumières d'une lettre surtout L.. Quoi qu'il en soit, moi, je n^aime guère les lumières. Je hais surtout celles d'une femme, et d'une femme du monde; rien de si faux et de si plat. »
Mme du Deffand, bien que n'étant pas en jeu,