CHAPITRE ONZIÈME
ne reste pas sur la petite semonce de la duchesse. Walpolcj le cher^ Tadorable Walpo le était l'auteur du mot malencontreux, il fallait bien le défendre! Aussi le prend -elle à son compte, et elle en accable Mme de Choiseul :
« Apprenez que je vous trouve des lumières, mais des lumières étonnantes; d'infinies dans vos lettres, de sublimes dans la conversation. Vous avez un esprit surprenant, une sagacité, une profondeur, une énergie, etc. , etc. Vous êtes outrée, n'est-ce pas? Eh bien! je ne dis pas encore tout ce que je pourrais dire. Je laisse à part toutes vos connaissances, toutes vos sciences, et tout cela joint avec de la gaieté, du badinage, de la modestie, même de l'humilité selon M. Waîpole..» « Eh bien ! suis-je vengée? vous ai- je assez déplu? C'était bien mon intention de vous ennuyer et de vous mettre en colère. 9
L'on se rappelle la terrible querelle qui éclata entre Voltaire et Rousseau et qui divisa à jamais ces anciens amis. Les deux célèbres spécialistes en philosophie ne surent pas pousser Tamour de leur science jusqu'à savoir vivre entre eux en bonne intelligence* Après s'être fait beaucoup de politesses, ils se poursuivirent d'une haine acharnée.
Rousseau ne se prétendait pas seulement la victime de Voltaire, il croyait le genre humain conjuré contre lui. 11 remplissait le monde du bruit de ses plaintes j de ses lamentations, des malheurs dont il se croyait victime, C^était un personnage trop célèbre pour que ses gémissements publiés à son de trompe pussent passer inaperçus i il eut ses partisans et ses détracteurs, on se passionnait pour ou contre lui, comme si le sujet avait quelque intérêt. Bien entendu les amis de Vol taire prirent parti avec violence contre le philosophe genevois.
Mme de Choîseul, interrogée par Mme du Deffand, fait du philosophe, de ses faux dehors de vertu, de ses singeries, une critique amère et très juste : nous citons les principaux passages de sa lettre, parce qu'ils donnent bien une idée de Tesprit philosophique, raisonneur, pointilleux, mais toujours droit de Mme de Choiseul. On y verra en même temps, au point de vue de la morale, la profession de foi de la duchesse et l'analyse très fine de ses sentiments les plus intimes.
CI A Chanteloup, ce 17 juillet 1766.
cf Je vous dirai, ma chère enfant, que je ne serais pas du tout étonnée qu^on me prouvât que