CHAPITRE ONZIÈME
Rousseau n*est pas un honnête homme, et je parie bien, par parenthèse, que ma petite-fille ne le serait p is plus que moi. Mais que je pourrais Têtre davantage si Ton me prouvait qu'un homme toujours sub/ugué par sa vanité, qui s'est fait singulier pour s 5 rendre célèbre, qui s'est toujours refusé au doux plaisir de la reconnaissance, pour se soustraire à la plus légère obligation ; qui a prêché toutes les nations, leur criant : a Ecoutez^ je suis « Toracle de la vérité ; mes manières bizarres ne a sont que la marque de ma simplicité, dont îa cane deur de mon front est le symbole ; je suis le fabri- « cateur des vertus^ l'essence de toute justice... » et de làj portant le trouble dans les sociétés, a fini par lever Fétendard de la révolte dans son propre pays, a soufflé le feu de la discorde entre ses concitoyens, les a armés les uns contre les autres en répandant des écrits séditieux dans le peuple ; je serais bien étonnée, dis-je, que cet homme fût un honnête homme ! . , .
« Rousseau est peut-être un des auteurs qui a eu le plus d'esprit, qui a écrit avec le plus de chaleur, et dont l'éloquence est la plus séduisante, llaprê ché le bien; mais croyez que s'il eût prêché le mal, personne ne Teât écouté. Il n*y aurait pas d'impos-
teurs si la vertu n'avait pas un masque propre à couvrir tous les visages ; il nous a prêché une bonne morale, que nous connaissions du reste parce qu'il n'y en a qu'une seule ; mais il en a tiré des conséquences suspectes et dangereuses , ou nous a nus dans le cas de les tirer par la façon dont il les a présentées. Méfions-nous toujours de la métaphysique appliquée aux choses simples. Heureusement pour nous, rien n*est si simple que la morale, et ce qu*il y a de plus vrai en ce genre est ce qui est le plus près de nous : Ne Jattes point aux autres ce que vous ne voudriez pas qu^an vous fît. Tout le monde sait cela, tout le monde entend cela ; et si tout le monde le pratiquait, il n*y aurait que de la vertu sur la terre, parce que tout le monde serait juste, parce qu'être juste et être bon, c'est la même chose; voilà toute la morale* Il n'est pas besoin de belles dissertations sur le bien et le mal moral^ l'origine des passions j les préjugés, les mœurs , etc., et tant d'autres beaux galimatias dont ces messieurs remplissent les journaux, les boutiques et nos bibliothèques, pour nous apprendre ce que c'est que la vertu.
« Défions-nous surtout de ceux qui s'élèvent avec tant d'acharnement contre les préjugés reçus dans