‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 141 sur 244 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

fait sur l'esprit Teffet qu'une musi |ue pleine de dissonances ferait sur les oreilles. C*est uïï Cornus; il vous présente la vertu, vous croyez la tenir, vous la suivez, et il se trouve que c*est le vice qu'il vous a prêché. C'est un fou, et je ne serais pas étonnée qu*il commît exprès des crimes qui ne l'aviliraient pas^ mais qui le conduiraient à Féchafaudj s'il croyait augmenter sa célébrité. Je hais trop tout ce qui est faux pour avoir la moindre considération pour ce personnage. Je n'ai pas lu tous ses ouvrages, mais je ne relirai jamais ceux que j*ai lus, et je ne lirai jamais les autres. J'estime et j'âime trop le style de Voltaire pour goûter celui de Jean-Jacques; !a justesse, la facilité, la clarté et la chaleur, voilà les quatre qualités qui font le bon style. Rousseau a de la clarté, mais c'est celle des éclairs; il a de la chaleur, mais c'est celle de la fièvre. Tout est dit sur sa morale, et, comme vous le dites fort bien, il n'y en a qu'une. Il n'est permis qu'à ceux qui veulent la rendre chrétienne de rentortiller de métaphysique. »

Mme de Choi&eul, toujours prudente ^ avait bien recommandé à son amie de ne pas montrer sa lettre à Mmes de Boufflers et de Luxembourg,

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intimes amies et grandes admiratrices de Rousseau. Et songeant à Voltaire, elle ajoutait :

m Ne nous fourrons pas, ma chère enfant, dans les querelles littéraires. EUes ne sont bonnes qu^à déprécier les talents, mettre au jour les ridicules; mais, entre nous soit dit, il doit nous être assez agréable de voir les tyrans de nos opinions se détruire par les mêmes arguments qu'ils ont employés pour subjuguer nos esprits* C'est le moyen le plus sûr de nous soustraire à leur dominationi en profitant de leurs lumières (i).»

Sous une enveloppe calme et paisible, sous une sérénité apparente, Mme de Choiseul cache un cœur ardent, une âme brûlante. Pour la bien connaître ^ il faut l'entendre quand elle parle des gens au cœur froid, de ces gens que rien ne peut émouvoir.

« Quoique vous ayez deviné le secret de mon indifférence imperturbable, je trouve que vous en parlez comme les dévots de l'impénitence finale; vous avez bien raison, les cœurs froids sont ré-

(l) Voici comment Mme du Deffand appréciait les gens de lettres : » L'animad version des g^ens de lettres me paraît la plus dangereuse des pestes. J*ai me les lettres, j'honore ceux qui les professent, mais je ne veux de société avec eux t^ue dans leurs livres, et je ne les trouve bons à voir qu'en portrait, x»

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