‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 143 sur 244 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Vallière jabotaît sur toot. Les hommes ne jouaient pas de meilleurs rôles. Et moi, j'étais abîmée dans les réflexions les plus noires ; je pensais que j 'avais passé ma vie dans les illusions, que je m^étais creusé moi-même tous les abîmes dans lesquels j'étais tombée, que tous mes jugements avaient été faux et téméraires, et toujours trop précipités, et qu'enfin je n'avais parfaitement bien connu personne; que je ii^en avais pas été connue non plus, et que peut-être je ne me connaissais pas moi-même (i). »

Sous Tempire des tristesses qui la rongent, elle écrit encore à son éternel confident :

« Je suis bien fâchée d'être si ignorante, d*avoir été si mal élevée, de n^avoir aucun talent ou de

dont î] ne reste rien. On dit des gens qui ont trop de vivacité qu^ils ont eu ie four trop chaud ; on pourrait dire d'elle le contraire, il lui manque des degrés de cuisson; elle est Te^quis^e d*un bel oiivragCt mais il n'est pas fini, »

Ces deux dames se brouillèrent en 1770.

(j) Dans ses accès de misanthropie^ elle ne voit plus que deux plaisirs au monde : la société et la lecture; or a quelle société tfouve-t-on? des imbéciles qui ne débitent que des lieux communs^ qui ne savent rien^ qui ne sentent rien, ne peuvent ricit, quelques gens d'esprit pleins d'eux-mêmes, jalf^ux, envieux,^ méchants^ qu'il faut haïr ou tnêprîser, ., Enfîn, tout ce qui est est bien. C'est un bonheur de n*avoir rien à regretter; il Taut mieux avoir vécu que d^avoir à vivre n. (Septembre 1 768.)

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n'être pas bête à manger du foin. Cette dernière manière serait peut-être la meilleure, je m^ennuierais moins, je dormirais mieux et je ne ferais pas de mauvaises digestions; je passe presque toutes mes nuits sans fermer TcEil : alors c*est un chaos que ma tète, je ne sais à quelle pensée m*arrêter, j'en ai de toutes sortes, elles se croisent^ se contredisent, s'embrouillent; je voudrais n*être plus au monde» et je voudrais en même temps jouir du plaisir de n*y plus être. »

Ah ! comme tout changerait d'aspect si elle avait près d'elle cette chère petite -fille si forte, si raisonnable, dont l'exemple la remonte et la fortifie.

u Vous ne parler point de votre retour^ lui écritelle, cela me tue; j*ai le plus grand besoin de vous; je ne sais que trop que je suis destinée à passer ma vie sans vous voir, mais j'aime à en sentir la pos* sibilité. Quelque vaine que soit l'espérance, elle est comme l'air qu'on respire; il est nécessaire pour vivre et l'espérance pour ne pas mourir* Vous ne sauriez imaginer quel bonheur ce serait pour moi de vous voir souvent, et de quelle utilité vos exemples, vos leçons me seraient.

w Quand je suis accablée de dégoût, de tristesse

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