‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 145 sur 244 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

m^ennuie pas. Jugez de là, ma chère enfant, qu*il vous est possible aussi d*être heureuse, et soyezla, je vous en prie. Je vous l'ai déjà dît, j'ai vieilli avant le temps ; mais comme mon expérience m'est heureusement venue dans la force de l'âge, elle me donne le temps et le ressort de la mettre à profit, et par conséquent mes conseils à cet égard ne sont pas à dédaigner, b

Elle parie ensuite à son amie de sa vie, de la façon dont elle la remplit, et elle le fait avec une élévation de pensées, avec une sérénité d'âme que bien des philosophes auraient pu envier.

« Je vois que vous ne croyez pas trop au tableau que je vous ai fait de la vie que je mène ici; vous vous trompez si vous croyez qu'elle est occupée ; eUe n'est que remplie, et cela vaut bien mieux, mais si bien remplie que je n'ai pas le temps de lire, et qu'à peine ai-je celui d^écrire à mes amis. Mes ouvrages et mes ouvriers sont les seules choses qui m'occupent véritablement, mais vous sentez bien que ce ne peut être ni tous les jours, ni toute la journée; j*y ai cependant des intérêts très pressants, mon agrément, ma commodité et Famour-propre de bien faire ; d^ailleurs, ma vie est la plus uniforme possible, mais de cette uniformité

même naissent une infinité de petites variétés qui

tiennent à sa nature^ qui ne coûtent pas de peines à arranger, ni des fatigues pour en jouir, et qui n-en sont que plus douces; enfin , si nos plaisirs ne sont pas grands, du moins nos peines sont légères, Je suis bien et très bien, et si bien que je m^abandonnerais à être toujours comme cela; ce qui prouve que je n'ai pas encore acquis !a dernière période de ma philosophie, car elle devrait me rendre tous les lieux et tous les genres de vie égaux, n

Mme du DefTand est émerveillée de sa petite* fille; w elle est pour elle le meilleur traité de morale; » elle ne tarit pas en formules admiratives :

« Savez-vous, chère grand^maman, que vous êtes le plus grand philosophe qui ait jamais existé? Tous ceux qui vous ont précédée parlaient peutêtre aussi bien; mais ils n^étaient pas si conséquents dans leur conduite. Tous vos raisonnements partent du même sentiment, et c'est ce qui fait le parfait accord qu'il y a entre ce que vous dites et ce que vous faites. » Et encore :

■ Si vous saviez à quel point je vous admire, vous auriez bonne opinion de moi. 11 y a du mérite à aimer et à estimer les vertus et les qualités

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