‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 147 sur 244 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

« Je VOUS apprendrai à mes dépens à me connaître, mais gardez-m*en, je vous prie, le secret pour votre cœur. Vous croyez, par exemple, que je suis sans passions parce que je suis raisonnable, et que je suis sans reproches parce que je suis sans passions!... Eh bien! apprenez donc que mon caractère est, au contraire, un des plus violents et des plus passionnés qui aient jamais existé, et que si j'ai quelque mérite, c'est d'en avoir un peu triomphé. Jugez donc si j'ai tant de raison que vous m'en supposez et aussi peu de reproches à me faire!... Si j'ai acquis quelque chose, je ne le dois ni aux préceptes ni aux livres, mais à quelques disgrâces. Peut-être l'école du malheur est-elle la meilleure de toutes, quand ces malheurs ne sont pas de nature à avilir l'âme, ou que l'âme n'est pas de trempe à se laisser avilir; les passions peut-être sont le plus grand des maîtres comme le plus grand des obstacles; c'est la force proportionnée à la résistance. »

Elle avoue avec une modestie bien rare les faiblesses dont on la croit exempte, et, faisant son examen de conscience, elle montre à nu son âme charmante et scrupuleuse.

» Je vais au jour la journée, comme tout le

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monde, crojant avoir raison aujourd'hui, voyant demain que je me snis txompée, secouant l*oreille et recommençant sur nouveaux frais» toujours de chute en chute, mais faisant le moins de mal que je puis à moi et aux autres. »

Voilà ce qu'elle est en attendant qu'elle parvienne à la vraie philosophie, à celle qui diminue l'impression des malheurs, qui multiplie les jouissances, qui apprend que le bien particulier ne se trouve que dans le bien général, qui apprend enfin à vivre avec les hommeS| car c*est la loi de la nature.

Mais à quoi bon se défendre de mérites hypo*» thétiques! Il faut remettre les choses au point, Mme du Deffand s*est trompée, c'est elle qui possède toutes ces qualités qu^elle prête si libéralement à la duchesse.

« Cest bien vous qui êtes étonnante ! , . . Laissez dire toutes les femmes et les philosophes qui les jugent; vous avez cent fois plus d*esprit dans votre petit doigt qu'aucune d'elles dans toute sa personne.** Pour moi» je ne suis qu'une froide et plate raisonneuse auprès de vous qui êtes tout trait 1 tout feu, toute lumière, »>

Son séjour à la campagne aurait peut-être paru

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