‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 155 sur 244 · CHAPiTRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPiTRE DOUZIÈME

pour vous adorer si vous êtes un ange^ ou pour vous faire disparaître si vous êtes un diable. Tout ce que je sais, c'est qu'il est impossible que vous ne soyez qu'une feuinie. Je ne m'éloigne pas de croire aux génies. Vous êtes le démon de Socrate, ou celui de tous les philosophes passés, présents et à venir. Après vous avoir admirée ^ adorée, je vous invoque et vous demande de m 'éclairer, de me conduire^ de me garantir de Tennuil»., n

Mme de Choiseul ayant fait dans une de ses lettres une sorte d'étude sur le marquis de Ginori, Mme du Deffand lui répond :

a Mettez votre main devant votre visage pour vous garantir des coups d'encensoir. Je n'entends rien aux tournures. Il faut que je vous dise ie plus grossièrement et le plus maussadement que votre esprit est le plus grand, le plus juste, le plus profond, le plus sublime qu'il y ait jamais euj et vous vous contenter de n^être connue parfaitement que de moi!*.. Jamais, non, jamais, il n'y auja d'exemple d*une telle humilité. Votre lettre devrait être imprimée et envoyée dans toutes les parties du monde. N'allez pas dire : Voilà les enthousiasmes de ma petite*fille. Non! il n'y a point d'enthousiasmei et il ne tient qu'à vous que je ne puisse

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vous le prouver. Permettez-moî de faire imprimer votre lettre, et vous verrez l'admiration qu'elle inspire raj l'effet qu'elle produira. L'admirable Catherine de Voltaire deviendrait catin des rues. »

A chaque lettre de la duchesse, c'est un nouvel accès d- enthousiasme.

« Je ne veux perdre aucune de vos pensées > aucune de vos idées , elles sont l'aliment de mon âme, elles en entretiennent la vie et !a force; tout ce que vous me dites me fait impression,,. Vos réflexions sur la vanité sont très bonnes, la vanité s'introduit, si Ton n^y prend garde, dans toutes les vertus, à la manière des vers qui s'introduisent dans les fruits, qui en mangent le cœur, toute la substance, et ne leur laissent plus que Tapparence de ce qu'ils auraient été sans le dommage que leur causent ces vilains petits animaux. Il n^y a que vous, chère grand'mamanj dont l'écorce ne soit point trompeuse et qui même n'annonce pas l'excellence de tout ce qu'elle renferme. Ah! mon Dieu, que vous avez de mérite à ne point avoir de vanité! La réflexion ^ la comparaison, la justesse même de votre esprit, doivent vous faire sentir à tout moment quelle distance immense il y a de vous aux autres* » (Août 1767.)

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