‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 16 sur 244 · CHAPITRE PREMIER ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ai

devant la mauvaise volonté des deux parties.

Le hasard se chargea d'amener ce que n'avaient pu faire les plus persévérants efforts : c'est en 1752 que se place l'aventure qui fut l'origine de la grande fortune de Choiseul. Elle a été diversement racontée ; nous croyons qu'il faut s'en tenir à la propre version du duc, beaucoup plus vraisemblable que toutes celles que l'ignorance ou la malignité ont pu inventer (i).

Donc, en 1752, quand la cour fut k Fontainebleau, Choiseul y vint faire une apparition. La première personne qu'il rencontra fut son cousin de Choiseul-Romanet, qu'il trouva dans un état de colère voisin de la folie : le roi se montrait très ■ épris de Mme de Romanet, et le mari, furieux, ne parlait de rien moins que de mettre le feu au château. Choiseul s'efforça de calmer son cousin et de le détourner d'un projet aussi tragique ; mais il lui conseilla, pour couper court à l'aventure, d'emmener tout simplement sa femme ; elle était grosse de cinq mois et ce prétexte suffisait.

Le lendemain le duc rendit visite à sa cousine. Elle eut le tort de le prendre pour confident

(i) Voir hi Revue de Paris ^ 15. mai 1899. (Mémoires du duc de Choiseul,)

aa DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL

et de lui demander conseil. Elle lui raconta que le roi était follement amoureux d'elle, mais qu'avant de céder elle exigeait le renvoi de Mme de Pompadour, Devant les marques d'incrédulité de son interlocuteur, elle ouvrit une cassette et lui montra les lettres du roi. 11 y était question tout au long du renvoi de la marquise.

Choiseul fut tout d'abord stupéfait d'une si invraisemblable aventure; puis, s'indignant qu'une femme de son nom pût ambitionner une situation pareille, il déclara nettement à sa cousine qu'il lui donnait quatre jours pour quitter Fontainebleau, et que si elle résistait il raconterait tout à son mari. « Il est de mon devoir, lui dit-il, de faire cesser une intrigue déshonorante pour ma famille. Ce n'est pas que je sois d'une pédanterie fort scrupuleuse sur l'amour, outre que j'approuverais tous les goûts, quels qu'ils fussent, que vous pourriez avoir, même que vous satisfassiez ceux du roi, pourvu que ce fût en secret et sans aucune apparence de crédit, »

Mme de Romanet cria à la trahison, sindigna, se révolta, mais son cousin se montra inflexible et elle dut promettre de partir.

Le dimanche suivant, Choiseul se trouvait chez

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