CHAPITRE DOUZIÈME
La puce poursuivie
Bondit, voltige, escarmouche, étincelle, Saute à travers et les bras et les feux, Mord en courant la belle Marianne, Pince Angélique, égratigne Tintin.
Mimi Tattaque, et déjà sur son sein Elle a reçu la piqûre profane.
Cinquante doigts levés contre ses jours N'arrêtent point de ses fureurs le cours.
Mais à la fin, par un dernier effort,
Philis, riant à gorge déployée.
D'un tour de main le prend à la volée
Et sans pitié le condamne à la mort.
Notre héros, prêt à subir son sort,
La regardait, plus touché de ses charmes
Que des tourments qu'il va bientôt souffrir,
Et lui disait en répandant des larmes :
<c Eh quoi 1 C'est vous qui me faites mourir P »
On pense le succès qu'obtint le facétieux poème et les compliments que reçut l'auteur des quelques intimes réunis dans le salon de Chanteloup. On décréta d'enthousiasme qu'un pareil chef-d'œuvre ne resterait pas enfoui, qu'on en enverrait des exemplaires au duc de Choiseul, à Mme du Deffand, etc., afin que les Parisiens pussent jouir, eux aussi, des plaisanteries du bon abbé.
Paris ne manifeste pas moins 4'admiration que les habitants de Chanteloup, tout le monde s'ex-
tasie sur les talents de Fabbé, sur la délicatesse de ses compliments, sur son art de dire galamment les propos les plus risqués.
Il reçoit du reste les félicitations de vive voix, car en juillet il arrive à Paris. Sa première visite est pour Mme du Deffand. Après les effusions bien naturelles à la suite d'une si longue séparation, il lui raconte que la duchesse tousse beaucoup ou du moins assez pour préoccuper ses amis. Aussitôt grand émoi de la vieille aveugle, qui écrit :
« Le grand abbé, que je vis hier, me dit que vous étiez enrhumée; il est inquiet, et il m'a communiqué son inquiétude. Vous savez que je vous crois un ange. Eh ! pourquoi donc vous êtes-vous avisée de prendre un corps?,.. Je conviens que vous n'en pouviez pas choisir un plus joli. Si vous étiez logée dans celui de Mme de Mazarin, vous causeriez moins d'inquiétude... Conservez-vous bien, chère grand' maman j vous êtes un Titus femelle, les délices du monde, Texistence du petit oncle, du grand abbé et par^dessus tout de la petite-fille. »
Mme du Deffand allait pouvoir juger par ellemême de Tétat de santé de son amie^ car l'abbé ne l'avait précédée que de quelques jours. La duchesse, en effet, devait se rendre à Compiègne pour