CHAPITRE TREIZIÈME
La France, irritée de n/avoir pu ramener la concorde entre les différentes classes de la parvulis* sime république, résolut de la ruiner en créant une colonie à Versoix, sur les rives mêmes du lac, et en détournant au profit de la France le commerce qui jusque-là se concentrait à Genève. Versoix était situé à 6 kilomètres de Femey ; on promettait d'y pratiquer la liberté religieuse (i) ; en face de l'église catholique devait s^élever un temple protestant; le commerce et Findustrie devaient être exempts d'entraves. On espérait ainsi attirer dans la nouvelle ville les nombreux mécontents qui se trouvaient à Genève.
Voltaire, enthousiasmé d'un plan qui servait à la fois ses idées de tolérance et son ancienne rancune contre les Genevois, en poursuivit ardemment raccompUssement, et il usa de toute son influence pour le faire aboutir,
(l) Chobeul cherchait à obtenir pour Versoix la liberté reltgleuse, mais jl ne put obtenir qu'une tolérance conditionnelle devant cesser avec son ministère, (t L'affaire de Versoix m'intéresse infiniment, écrit'il, parce que je la crois bonne, humaine et bien vue en politique; sans la liberté de religion, tl ne faut pas y penser, ce serait une absurdité ; c'est à cette liberté que je travaille et qui est bien dure à arracher ; avant qu'il soit peu nous saurons à quoi nous en tenir, m (2 mars 1770.) Ckûiseuî gt Vûltairej par M, Pierre Calmêttês, Pion, 1900^
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Les nouveaux projets, si importants pour lui s^ils réussissaient, le succès de la colonie qu'il avait attirée à Ferney et dont les produits circulaient presque tous en France, tout contribuait à rendre au patriarche Tintimité des Choiseul de plus en plus nécessaire; aussi, à partir de 1768 cherchet-il par tous les moyens à pénétrer plus avant dans les bonnes grâces du duc. Il fait plus encore, il s'efforce de trouver accès près deladuchesse, qu*il ne connaît pas, mais dont il entend sans cesse parler avec force éloges par Mme du Defïand et dont l'influence ne lui semble pas à dédaigner,
La tâche lui est facile. Lié depuis plusieurs années avec Mme du Defïand, entretenant avec elle une correspondance fréquente, il profite habilement de cette intimité pour décocher indirectement à la duchesse des éloges sans nombre, bien sûr à Tavance du sort qui leur est réservé.
Mme de Choiseul n'avait pas eu jusqu*alors de rapports directs avec Voltaire; elle en entendait bien souvent parler par son mari et par ses amis, elle causait souvent de luij mais elle sympathisait peu avec ses idées et ne se trouvait pas entraînée vers lui par un irrésistible penchant.
Cependant, après un assez long marivaudage par