CHAPITRE TREIZIÈME
tous les ouvrages hardis qu*on lui attribuait ; ceux qui l'en soupçonnent sont des malfaiteurs, des persécuteurs ] Mais ses protestations indignées ne trompaient personne, il le savait bien, et il n'en tremblait pas moins pour son repos, pour sa liberté ; il frémissait à la pensée de devenir victime des rigueurs du Parlement, et pour désarmer ses ennemis il ne passait pas de jour sans annoncer à ses correspondants que sa dernière heure avait sonné, a Les dents et les griffes de la persécution se sont allongées jusque dans ma retraite, » écrivaitil, If on a voulu empoisonner mes derniers jours, a
On comprend de quelle utilité étaient pour lui des amis, presque des complices, dans la famille même du premier ministre.
Quand Mme du Defîand se plaint de ne pas recevoir ses productions et lui reproche de mal traiter sa plus ancienne amie, il lui répond non sans raison : « Cela vous est facile à dire, mais vous, vous ne nsquez rien. » Puis, revenant à sa première idée, il lui indique le meilleur plan à suivre, c'està-dire celui qui compromettra le mieux la duchesse.
a Que ne vous entendez- vous avec Mme la duchesse de Choiseul pour vous amuser des bagatelles
que vous désirez : mais il faut alors que vous soyez seules ensemble ; il faut qu'elle me donne des ordres très précis et que je sois à l^abri du soupçon de la crainte qui glace le sang dans des veines usées. Montrez-lui ma lettre j je vous en supplie. Je sais qu^elle a, outre les grâces, justesse dans Tesprit et justice dans le cœur. Je m'en rapporterai entièrement à elle. »
Si Mme de Choiseul répond qu'il n'y a nul danger, le patriarche enverra volontiers les petites pièces innocentes et gaies qui pourront lui tomber sous la main dans sa profonde retraite. Il sait qu'elle est a un très honnête homme », et il compte sur sa protection autant qu'il est charmé de son esprit juste et délicat. Mais, pour Dieu, que l'on prenne bien garde! Si on lit ces pièces devant le monde, est-il bien sûr que le monde ne les envenimera pas? a Je vous conjure, écrit-il à ses correspondantes, au nom de Famitié dont vous m'honorez j de ne les confier qu'à des personnes dont vous soyez aussi sûres que de vous-mêmes et de ne pas prononcer mon nom. »
Mme du Deffand l'assure qu'il n'y a nul danger, qu'on lui gardera le secret. « Envoyez sans nulle réserve, sans nulle discrétion, lui écrit-elle, je