‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 171 sur 244 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

n'ose pas dire tout ce qui sortira de vos mains, mais tout ce qui tombera entre vos mains, n

Sur ces formelles assurances, Voltaire ravi se fait le pourvoyeur de ses correspondantes. « C'est avec une peine extrême que je fais venir ces abominations de Hollande, écrit-il plaisamment, » et il envoie toutes ses productions à la duchesse. Pour plus de sécurité et pour être à l'abri des indiscrétions de la poste, c'est sous le couvert du duc de Choiseul que les paquets sont expédiés, et naturellement en franchise! C'est le roi qui paye les ports !

N*est-il pas plaisant de voir la femme du premier ministre se servir des immunités de son mari pour introduire en France et en franchise les ouvrages qui passaient alors pour les plus pervers, les plus dangereux, et que le Parlement condamnait régulièrement au feu î

Voltaire est enchanté de sa situation, mais il n^en reste pas moins fort modeste, et il craint toujours que ses envois n'arrivent mal à propos et ne soient pas selon les désirs de ses aimables correspondantes. « Vous m'avez donné la charge de votre pourvoyeur en fait d'amusement, » écrit-il ; a c'est un emploi dont le titulaire s'acquitte sou-

vent fort mal : il envoie des choses gaîes et frivoles quand on ne veut que des choses sérieuses; il envoie du sérieux quand on voudrait de la gaieté ; c*est le malheur de l'absence,** » Mais « tout est bon pourvu qu'on attrape le bout de la journée, qu'on soupe et qu'on dorme; le reste est vanité des vanités > comme dit lautre; » et puis a la journée n'a que vingt-quatre heures; heureux si M, Guillemet peut amuser la grand'maman une heure sur les vingt-quatre » !

Du reste Voltaire travaille sans cesse pour ses correspondantes, du moins it le leur dit. « Je passe ma vie à tâcher de faire quelque chose qui puisse vous plaire à toutes deux. Je travaille jour et nuit; !a raison en est que j'ai peu de temps à vivre et que je ne veux pas perdre de temps. »

Mm es de Choiseul et du Deffand, bien loin de se plaindre, sont ravies de tout ce qui leur arrive de Ferney^et elles ne cessent d'encourager le patriarche à leur envoyer de nouvelles œuvres, ff Vous nous comblez de biens, monsieur, » écrit Mme du Deffand^ k mais loin de vous dire : c'est asseZj nous vous crions : encore, encore! Tout ce que vous nous envoyez est charmant! » Surtout que M. Guillemet ne les laisse manquer de rien.

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