‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 173 sur 244 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Choîseul et Voltaire. Le patriarche ne s*en tient pas là ; il profite habilement de sa correspondance avec Mme du Deffand pour décocher k Mme de Choiseul les louanges les plus douces; il vante sans cesse son goût^, son esprit, son cœur.

et II m'est revenu de toutes parts, » écrit^il, tx qu'elle a un cœur charmant... Malgré le penchant qu'ont les gens de mon âge à préférer toujours le passé au présent» jVvoue que de mon temps, il n^y avait point de grand^maman de cette trempe. Je me souviens que son mari me mandait, il y a huit ans, qu'il avait une très aimable femme et que cela contribuait beaucoup à son bonheur. »

Mme du Deffand naturellement n'eut rien de plus pressé que de communiquer la lettre de Voltaire à la duchesse, et celte*ci, en général assez peu sensible aux éloges, restait profondément touchée de cette allusion à une affection qu'elle souhaitait si passionnément ; elle sut un gré infini à Voltaire de sa délicate flatterie.

Elle répond à sa vieille aro.ie en lui ouvrant son cœur et en lui dévoilant toutes ses faiblesses.

« Ce qui me fait le plus de plaisir » c'est l*endroit de sa lettre où il dit que le grand-papa lui a mandé qu'il avait une femme qui contribuait à

son bonheur, O vanité des vanités, tout n'est que vanité* Ne le voyez- vous pas bien, ma chère petite-fille, à ma sensibilité pour ce petit bout de phrase. •

Hennin, résident de France à Genève, étant venu à Versailles, va faire sa cour à la duchesse; on cause naturellement du châtelain de Ferney, et Mme de Choiseul laisse entendre qu^elIe ne se croit pas très bien placée dans l'esprit du pa* triarche.

ff Vrainient! s^écrie Voltaire à cette nouvelle; il est vrai que Mme de Choiseul s^est donné les airs de prétendre être mal à ma cour. Mais j'ai de quoi rabattre son caquet, car je serais homme à lui signifier combien je respecte la vertu douce et sans faste, combien j'aime Tesprit naturel et vrai dans un temps oo il y a tant d'esprits faux. Enfin, si je m* y mettais, je la ferais rougir jusqu'au blanc des yeux. Qu'elle ne se joue pas à moi. »

Ce qu'il y a de plus surprenant, c*est que Mme du Deffand est accablée de remerciements des deux personnes qu'elle a mises en relations, • Je suis confondu des bontés de votre grand maman, lui écrit-on de Femey; je vous les dois, madame^ je vous en remercie du fond de mon cœur.

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