‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 174 sur 244 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

C^est un petit ange que Mme Gargantua (i). » Mme Gargantua! pour se permettre de pareilles familiarités, fallait-il que Voltaire se crût bien en cour!

« La grand* maman est bien contente de vous, riposte Mme du Deffand; je reçois d'elle les mêmes remerciements que vous me faites, et je vous en dois à Tun et à l'autre de m^admettre en un si aimable commerce. »

M. de Choiseul n^est pas oublié dans cet échange d'aménités.

a J'aime passionnément le mari de votre grand*màman, écrit le patriarche; c'est une belle âme. Croyez-moi, il vaut mieux que tout le reste; il se ruinera, mais il n'y a pas grand mal, il n'a point d'enfants. Mais surtout qu'il ne haïsse point les philosophes parce qu'il a plus d'esprit qu'eux tous ; c'est une fort mauvaise raison pour haïr les gens. »

Mme du Deffand, loin d'être jalouse d'une intimité qui grandit tous les jours, s'en montre enchantée; elle fait elle-même la distinction de ce qui doit leur revenir à chacune. « Votre correspondance avec la grand 'maman Gargantua me

(i) Mme de Choiseul était mince et frêle : ses intimes ea plaisantant l'appelaient Mme Gargantua.

ravit : elle vous répond à ce qu'il y a de solide, c'est ce qui doit lui appartenir; pour moi, je ne suis que pour le frivole... w Et elle ajoute avec modestie : « Avouez qu'elle a de l'esprit comme un ange : si je n'étais pas exempte de toute prétention ^ je ne vous écrirais plus^ sachant que vous recevez de ses lettres, mais je ne prétends qu'à un seul mérite auprès de vous, c'est de vous admirer et aimer plus que qui ce soit, »

Mme du Deffand elle non plus ne tarit pas en éloges sur la grand'maman; Voltaire l'adorerait s'il la connaissait ! Elle est comme lui, elle a tout envahi. Ah! son siècle n*est pas digne d'elle!

Le lo avril, la marquise écrit encore :

a Ah 1 monsieur! si vous connaissiez Mme la duchesse de Choiseulj vous ne diriez pas qu'elle est digne de m'aime r; mais vous diriez que personne n'est digne d'être aimé d'elle et qu'elle est aussi supérieure à toutes les femmes passées ^ présentes et à venir que vous l'êtes à tous les beaux esprits de ce siècle. »

Voltaire n'était certes pas en reste de compliments et d éloges sur Mme de Choiseul, et il en parlait en termes si chaleureux que Mme du Deffand pouvait écrire :

Page 1