CHAPITRE TREIZIÈME
a Ce qui m^enchante le plus, ce sont vos lettres. Yous parlez de la grand'maman comme si vous la connaissiez. Vous seriez bien digne d'avoir ce bonheur et vous seriez bien étonné de trouver <[u'elle surpasse encore l'idée que vous vous en faites. Figurez-vous une nymphe faite comme un modèle, jolie comme le jour; je ne vous en dis pas davantage sur sa figure, je ne la connais que par réminiscence et par ce que j'en entends dire, mais son cœur, son esprit, vous seul pourriez dignement les peindre; mais, comme elle voudra voir ma lettre et que je veux qu'elle vous parvienne, je ne veux pas m'exposer à la lui voir déchirer. »
Soit réserve, soit paresse, Mme de Choiseul, bien qu'elle fût charmée de tout ce que Voltaire écrivait d'elle et lui écrivait à elle-même, s'en remet en général pour les remerciements à l'obligeance de Mme du DefFand. Quelquefois cepen- <iant elle prend la plume, et le ton de ses lettres donne une idée du degré de familiarité qui peu à peu s'est établi entre Mme Gargantua et M. Guillemet.
a On parle donc de moi, monsieur Guillemet, dans Totre boutique? vraiment, j'en suis ravie; je suis bien aise que l'on vous en dise du bien; je suis
bien aise surtout que vous me le redisiez,* car^ bien que je sois grand' m ère ^ j^aime encore les douceurs : et pourquoi ne m*en diriez- vous pas, monsieur Guillemet? vous débitez bien celles que l'on dit à Cattau, et je vaux bien Cattau, je pense, moi qui n ai point étranglé mon mari, moi qui n'ai point détrôné mon souverain^ moi qui serais si éloignée de voler le bien de mon fils, u (9 février 1769.}
Cette allusion assez méchante à Tindulgence de Voltaire pour Catherine était motivée par une étrange lettre du patriarche. Ne s'était*il pas avisé d'écrire à Mme du Deffand, à propos de l'impératrice :
« Je suis son chevalier envers et contre tous; je sais bien qu^on lui reproche quelques bagatelles au sujet de son mari, mais ce sont affaires de famillej dont je ne me mêle pas; et d* ailleurs il n'est pas mal qu'on ait une faute à réparer. »
La duchesse n'entend rien aux facéties du phi^ losophe et elles loi paraissent d^un goût plus que douteux; aussi, écrit-elle avec une indignation réelle mais un peu prolixe :
(t Quoi I Voltaire trouve-t-il qu*il y a le mot pour rire dans un assassinat ! et quel assassinat! celui d'un souverain par sa sujette ! d^un mari par sa