CHAPITRE TREIZIÈME
femme! Cette femme conspire contre son mari et son souverain, lui 6te l'empire et la vie de la façon la plus cruelle et usurpe le trône sur son propre fils, et Voltaire appelle ça des démêlés de famille! « Il n'est pas mal, ajoute-t-il, qu^on ait une faute à réparer! Comment^ comment! ces crimes atroces ne sont que des bagatelles, des fautes j des petits péchés véniels faciles à réparer, il ne lui faut qu'un niea culpa et une absolution 1 la voilà blanche comme neige ; elle est la gloire de son empire, l'amour de ses sujets, l'admiration de l'univers, la merveille de son siècle,.. Vous avez , senti cela comme moi et vous lui avez répondu par , le persiflage le plus fin et le plus délicat. Puisset-il en rougir! 1*
Mme du Deiïand, en effet, avait riposté à son
correspondant avec la plus mordante ironie :
I « Ne résistez jamais, monsieur , au désir de
I m*écrire ; vous ne sauriez vous imaginer le bien que
me font vos lettres; la dernière surtout a produit
un effet admirable, elle a chassé les vapeurs dont
j'étais obsédée, 11 n^y a point d'humeur noire qui
puisse tenir à Féîoge que vous faites de votre
Sêmiramis du Nord! Ces bagatelles que l'on dît
d'elle au sujet de son mari et desquelles vous ne
1 sa
On peut aisément supposer que Voltaire était devenu persona grata^ voire même gratissîma^ dans le petit cénacle où trônaient Mme du Deffand et la duchesse de ChoîseuL Chaque fois qu'une lettre arrivait de Ferney, on réunissait bien vite les heureux élus et on en donnait lecture en grande cérémonie.
rt Vous nous faites passer des moments bien agréables, w écrit Mme du Deffand. « La grand'maman ne veut laisser à personne le soin de vous lire^ elle s^en acquitte supérieurement^ avec un son de voix qui va au cœur, une intelligence qui fait tout sentir, tout remarquer; elle veut, à la vérité, marmotter les articles qui îa regardent, mais je ne le souffre pas, et je la force à les arti-
(i) Walpok n^avait pas été moins scandalisé des propos de Voltaire f et il écrivait : « Voltaire me fait horreur avec sa Catherine. Le beau stijet de badinage que Fassassinat d'un mari et l'usurpation de son trône, II n*est pas mal, dlt-îl, qu'on ait une faute à réparer. Ehl comment répare-t-on un meurtre? Est-ce en retenant des poètes à ses gages, en payant des historiens mercenaires et en soudoyant des philosophes ridicules à m Ole lieues de son pays ? Ce sont des âmes viles qui chantent un Auguste et se taisent sur ses proscriptions. »