‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 178 sur 244 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Conversez dans votre retraite

Vivez avec la grand'maman,

C'est pour vous que les dieux l'ont faite.

Si j'allais très imprudemment

Troubler vos séances secrètes,

Que diriez-vous d'un chat-huant

Introduit entre deux fauvettes P

t Cependant je veux savoir qui soupe entre Mme de Choiseul et vous, qui en est digne, qui soutient Thonneur du siècle. Que voulez- vous que je vous dise? Hélas ! toutes nos petites consolations ne sont encore que des emplâtres sur les blessures de la vie. Mais, dans votre malheur, vous avez du moins le meilleur des remèdes, et puisque vous existez, qu'y a-t-il de mieux que de consumer quelques moments de cette existence douloureuse et passagère avec des amis qui sont au-dessus du commun des hommes ! »

Donc Voltaire voudrait bien savoir qui fait partie des petits comités de Mme de Choiseul. Mais sa question reste sans réponse; Mme du Deffand se refuse à lui faire connaître les membres du cénacle, a Quand je vous les nommerais, vous ne les connaîtriez pas; leurs noms ne seront peut-être pas dans les fastes du siècle; ils n'ambitionnent aucune sorte de gloire; ils la révèrent en vous,

parce qu'elle est méritée.,, ils se contentent d'être aimables et ne veulent pas être célèbres. »

En juillet 1769, Voltaire, qui vient de composer la tragédie des Guèbres ûu delà Tolérance ^ l'envoie à ses correspondantes; bien entendu Touvrage n'est pas de lui, mais il ïj est rempli de choses très neuves ^ très touchantes, écrites du style le plus simple et le plus vrai ». En réalité il tremblait de peur d'avoir osé soutenir la tolérance ; aussi recommande-t-il d'autant plus chaudement la pièce à Mme de Choiseul :

et Oui, madame, vous seriez la bienfaitrice du genre humain si vous et M, ie duc, vous protégiez cette pièce et si vous pouviez vous donner un jour l'amusement de la faire représenter,

tt Aidez-nous, madame, protégez-nous. On pense depuis dix ans en Europe comme cet empereur qui paraît à la dernière scène» Il se fait dans les esprits une prodigieuse révolution. C'est à une âme comme la vôtre qu'ii appartient de la seconder. Le suffrage de M . le duc de Choiseul nous vaudrait une armée. Il va faire bâtir dans mon voisinage une ville quW appelle déjà la ville de la Tolérance : s'il vient à bout de ce grand projet, c'est un temple où il sera adoré.,* Comptez, madame, que

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