CHAPITRE TREIZIÈME
vaille à les fabriquer chez moi avec le fils de Calas ; ce sont les premiers bas qu'on ait faits dans le pays.
« Daignez les mettre, madame, une seule fois : montrez ensuite vos jambes à qui vous voudrez, et si on n'avoue pas que ma soie est plus forte et plus belle que celle de Provence et d'Italie, je renonce au métier; donnez-les ensuite à une de vos femmes, ils lui dureront un an.
« Il faut donc que Mgr votre époux soit bien persuadé qu'il n'y a pas de pays si disgracié de la nature qu'on ne puisse en tirer parti.
Je me mets à vos pieds, j'ai sur eux des desseins; Je les prie humblement de m'accorder la joie De les savoir logés dans ces mailles de soie Qu'au milieu des frimas je formai de mes mains. Si La Fontaine a dit : Déchaussons ce que f aime ^
J'ose en prendre un plus noble soin ; Mais il vaudrait bien mieux (j'en juge par moi-même) Vous contempler de près que vous chausser de loin.
« Vous verrez, madame Gargantua, que j'ai pris tout juste la mesure de votre soulier. Je ne suis fait pour contempler ni vos yeux ni vos pieds, mais je suis tout fier de vous présenter de la soie de mon cru : si jamais il arrive un temps de disette, je vous enverrai dans un cornet de papier du blé que je
sème, et vous verrez si je ne suis pas un bon agriculteur, digne de votre protection. » (4 septembre 1769.)
Nous verrons ces cordiales et affectueuses relations se poursuivre de plus en plus vives jusqu'à la chute du premier ministre.