CHAPITRE XIV
Hîver de 1768- 1769. — Visite du duc et de la duchesse de Lauzun. — Indisposition du duc de Choiseul. — Mme de Choiseul est souffrante à Compiègne et à Fontainebleau. — L'hiver à Paris. — Départ pour Chanteloup en avril 1769. — Visite du baron de Gleichen.
Dès le mois de février 1768, Mme de Choiseul quitte Paris pour aller respirer l'air pur de Chanteloup et jouir du calme et du repos au milieu de tous les êtres qui Tadorent. Elle est si peu faite pour la vie de la cour et pour les intrigues incessantes qui y régnent (i)l Elle est si bien à Chanteloup avec son abbé, son petit oncle, ses moutons, ses manufactures, ses paysans, ses curés, ses chanoines, etc., etc.! C'est là seulement qu'elle est heureuse, loin du bruit de la capitale ; c'est là qu'elle goûte les seuls plaisirs vrais
(x) Mme de Choiseul écrivait un jour : a Depuis que j'ai été à Rome, les vilains climats me sont insupportables, et les climats de cour sont, de tous les climats, les plus vilains, n
que son âme délicate soit à même d'apprécier.
A peine était-elle installée qu'elle reçut de son neveu, le duc de Lauzun, une lettre qui Tétonna beaucoup. Le jeune duc, excédé de Paris, avait pris la résolution de s'isoler un peu et d'aller chercher à !a campagne, dans la vie des champs, l'équilibre moral qu'il ne pouvait ressaisir depuis quelques mésaventures retentissantes (i).
Lau2un aimait beaucoup sa tante ; il lui fit part de ses projets de retraite, et il lui proposa d'aller avec Mme de Lauzun lui tenir compagnie. La duchesse, aussi charmée que surprise de cette visite en ménage si peu conforme aux habitudes de son neveu, et en augurant pour l'avenir d'heureux résultats j répondit qu^elIe serait ravie de les posséder; peu de jours après, les deux époux faisaient leur entrée à Chanteloup. Ils y retrouvèrent les hôtes habituels : l'abbé Barthélémy, Gatti, le petit oncle, puis quelques nouveaux venus » entre autres le chevalier de Listenay, a bon homme, doux, facile, complaisant (2). » Souvent venaient
(i) Voirie Duc dtf Lausun et ta cour Ultime de Louis XV. Pion, 1893.
(2) Après la mort de sod frère aîné, il prit le nom de prince de Beaniïrenîont,