‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 184 sur 244 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

car le mal est l^ennemidugeare humain, et de tous les maux il n^ a que la haine qui soit pire que rindifférence 5 ne me demandez donc plus si je vous aime, ma chère enfant Allez, je serais bien embarrassée de faire autrement que d'aimer. N'allez pas croire j cependant, que j'aime tout le monde, mais croyez au contraire que quand je n'aimerais personne, je vous aimerais encore, » (23 août 1 768.)

Personne ne s'ennuie au château, car les distractions abondent : d'abord il y a le jeu, surtout le trictrac, qu'adore la duchesse, puis aussi la musique : M. de Choiseu! a eu l'aimable pensée d'envoyer à Chanteloup les musiciens de sa compagnie, la colonelle générale; ils sont six, soit bassons, soit clarinettes. Tous les soirs, au retour de la promenade, on se réunit, et ils donnent un petit concert délicieux; ce sont des gens de très bonne compagnie et d*un ton excellent.

Une autre distraction des plus goûtées est la lecture des pièces de théâtre ; la bibliothèque du château en contient un grand nombre; on se munit de plusieurs exemplaires, et chacun lit un rôle. C'est le triomphe de la duchesse et du chevalier de Listenay. « Us pourraient jouer sur tous les théâtres de Paris, » écrit l'abbé. »

C'est pendant ce séjour que Ton imagine à l'adresse de Mme du Deffand une plaisanterie d^un goût assez douteux, mais que la vieille aveugle prit très gaiement, ainsi qu'en témoigne sa réponse.

« Je voudrais, chère grand 'maman , vous peindre, ainsi qu*au grand abbé, quelle fut ma surprise quand hier matin on m'apporta, sur mon lit, un grand sac de votre part. Je me hâte de l'ouvrir, j'y fourre la main, j'y trouve des petits poisj les premiers que j*eusse vus, et puis un vase. Quel peut-il être?... Je le tire bien vite : c'est un pot de chambre ! mais d; une beauté, d^une magnificence... que mes gens, tout d'une voix, disent qu'il en fallait faire une saucière. Le pot de chambre a été en représentation hier toute la soirée et fit l'admiration de tout le monde. Les pois, dont il y avait une grande casserole toute pleine, furent mangés sans qu'il en restât un seuL Je portai votre santé, a (9 mai 17 68.)

Le bon abbé Barthélémy nous met au courant des graves événements qui agitent le petit cénacle de Chanteloup. Tantôt on prend un gros loup au trébuchet) et tout le château est en émoi; tantôt on tond les mouton s ^ et leur laine est si fine qu'on la juge incomparable. La grand'maman a eu cette

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