CHAPITRE QUATORZIÈME
le duc annonce son arrivée pour quelques jours; l*allégresse est générale, on se met en frais pour fêter la venue du seigneur châtelain. Hélas! unaccident malencontreux vient contrarier tous ces beaux projets, Apeine arrivé, Choiseul est pris par un accès de coliques néphrétiques qui dure jusqu'à son départ. Ce voyage, qu'on attendait avec tant d'impatience et dont la duchesse se promettait tant de plaisir, ne lui causa que du chagrin. Le duc souffrit nuit et jour les douleurs les plus vives; mais il était d'une patience, d*une douceur sans exemple j d'une gaieté charmante au moindre intervalle de repos; on ne s^apercevait de ses souffrances qu'à la sueur qui coulait de son front.
La duchesse naturellement souffrit presque autant que son mari et le soigna avec un admirable dévouement. Elle fait part à M me du Deffand de ses angoisses,
tt Jamais votre pauvre grand* maman n'a été si tourmentée. M. de Choiseul a été attaqué, en arrivant, d'un de ses accès de néphrétique^ le plus violent qu'il ait encore éprouvé, et qui n'a cessé qu'hier matin. 11 a rendu le plus énorme et le plus raboteux gravier^ et a retrouvé un moment ta santé, comme s^il n'avait jamais été malade, à la faiblesse près
36o DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
que lui avait laissée la douleur passée et la diète précédente.
tf Ah ! ma chère petite-fillCf votre grand' maman a été bien malheureuse pendant ces quatre jours! Cependant il est impossible de souffrir avec tant de douceur et de patience que mon malade ; mais il n'en a été que plus attendrissant. A présent que son accident est passé et que je suis hors de toute inquiétude, il ne me reste que le regret de ce qu'il a perdu Tobjet et le fruit de son voyage; mais j^aime mille fois mieux avoir été témoin de ses souffrances que de l'avoir su souffrant à soixante lieues de moi; car, quelque diligence que j'eusse faite pour le rejoindrej je serais morte d'inquiétude avant d'arriver. » {13 juin 1768.)
Dans sa bonté d'âme ^ la duchesse suppose que Mme de Gramont, qui se trouve absente de Chanteloup, est dévorée d'inquiétudes > et elle lui envoie des nouvelles du malade. La façon dont on la remercie et dont elle parle de Tîncident à Mme du Deffand en dit long sur les relations des deux bellessœurs et sur rintimité de la famille.
« Quand j'ai vu M. de Choiseul si malade, je me suis dit : Si j'étais à soixante lieues et que j*apprisse qu'il est malade ^ je serais au désespoir de